Court, Félicité, court!

Depuis un certain temps déjà, on parle de ralentir, de prendre le temps de vivre simplement, de porter son attention aux « petits » bonheurs… Pourtant, le Monde court! Court après son souffle, court pour la quantité comme pour la qualité, court pour arriver à se reposer plus vite, court pour avoir la paix , ne serait-ce qu'un instant!

Étourdissant? Aujourd'hui, la notion de bonheur intérieur suprême est probablement aussi étourdissante que vertigineuse, puisqu'elle est tellement étrangère à notre rythme de vie. La Félicité, c'est trop beau, trop gros, trop loin de nous. En somme, ce n'est pas pour nous, parce qu'on a d'autres choses à faire que de prendre le temps de ressentir ce qui nous habite. Sans compter que cette expérience du ressenti est si insaisissable et éphémère, qu'elle ne semble pas valoir son pesant d'or ou encore qu'elle demande trop d'efforts.

Le bien-être intérieur, tout comme le Saint-Graal d'une autre époque, doit être recherché d'instant en instant et jour après jour. Cependant, il n'est pas garanti que l'on puisse un jour l'obtenir... ou, encore, le conserver. C'est aussi précieux qu'un joyau et aussi insaisissable qu'une brise printanière. On peut essayer de partager son bien-être, mais ce qui fait le bonheur des uns ne fait pas nécessairement la joie des autres. Certains le découvrent dans un moment de paix, d'autres dans l'exaltation remplie d'adrénaline issue de la pratique d'un sport extrême.

C'est presque un lieu commun que de penser qu'un massage mène à la félicité. Pourtant, il s'agit d'un moment précis qui se situe entre les besoins très personnels d'un adepte et les capacités d'écoute et de réponse d'un massothérapeute. La rencontre des deux permet souvent un bonheur simple, un soulagement de douleur, un dénouement de tensions, un pas pour retrouver une énergie plus vive. Parfois même, cela permet d'entrer en contact avec soi à un moment où tout semble parfait comme le bonheur suprême. Cette félicité existe sur une base très personnelle, donc indépendamment des clichés qui voudraient qu'un homme costaud préfère un massage sportif, « qui rentre dedans », ou qu'une femme délicate préfère être enrobée de douceur et de fluidité. Le bien-être intérieur est tout sauf un cliché.

La félicité est personnelle dans son expression la plus universelle, elle est éphémère et se vit à l'instant présent. Les perceptions et les attitudes individuelles transforment l'expérience même quand aucun changement extérieur ne se produit.

Cependant, en permettant au corps de fonctionner harmonieusement, on lui donne la possibilité de ressentir plus facilement la présence vivifiante et inspirante du bonheur. Respirer à pleins poumons, entretenir la tonicité des muscles, nourrir le système digestif, approfondir sa connaissance d'une saine alimentation, s'accorder le droit de relaxer et de prendre contact avec la nature d'une façon simple sont de grands pas. Personne n'a besoin d'un équipement dernier cri pour aller marcher en plein champ ou en forêt avec son pique-nique au dos et de profiter de l'occasion pour étendre sur une couverture de laine pour le plaisir de regarder passer les nuages!

Encore quelques minutes, reposant en silence à ne rien faire, et le printemps arrivera. Et, ça aussi, c'est le bonheur.

Anik Kelly
masso-kinésithérapeute