Petite félicité deviendra grande!

J’ai pensé, pour développer le thème de la félicité, parler de plantes hallucinogènes ou psychotropes, le texte aurait pu être drôle, mais bon… Pas ici! J’ai aussi pensé utiliser des plantes analgésiques… On peut atteindre une forme de félicité à ne plus ressentir de longues douleurs. Aborder des thèmes comme la voie tantrique du bouddhisme et la méditation m’est aussi venu en tête, car je suis d’avis qu’on touche la félicité beaucoup plus certainement en cultivant sa spiritualité. Dans un très bel article sur les traumatismes (1), une psychothérapeute américaine citée stipule que le traumatisme est « un des quatre chemins vers la spiritualité », avec la prière, la méditation et la sexualité. L’auteur y dresse un judicieux portrait des effets qu’entraînent les traumatismes (individuels et de société), des différentes façons d’y faire face et d’y réagir. Il est clair que des expériences de crises profondes peuvent permettre une plus grande félicité. Mais l’atteindre est généralement un travail de longue haleine. Le lâcher-prise que cela demande n’est malheureusement pas enseigné à la petite école!

Pour s’aider à tirer profit des « quatre chemins vers la spiritualité » ou vers la félicité, il existe de nombreux outils, et plusieurs plantes médicinales sont du nombre. Deux d’entre elles sont, selon moi, spécialement appropriées pour le commun des mortels, vivant en Amérique du Nord, avec tout ce que cela implique comme « stress » : la mélisse (Melissa officinalis) et la scutellaire (Scutellaria alterniflora). Ce sont deux toniques nerveux importants. Comprenez que tonifier le système nerveux est souvent une base dans le traitement de nombreux maux aussi reliés à d’autres systèmes, notamment immunitaire et endocrinien.

Mélisse
(Melissa officinalis)
Scutellaire
(Scutellaria alterniflora)

 

La mélisse est affectueusement appelée « la plante du bonheur » par l’herboriste Caroline Gagnon. On l’utilise pour de nombreuses affections indiquant une tension nerveuse excessive : Stress et tension émotifs, anxiété, émotivité excessive, dépression, épuisement, fatigue mentale, insomnie, irritabilité, manies, etc. La liste est longue, mais on peut globalement y inclure tous maux résultants du mouvement anarchique et incessant de pensées et d’idées qui rongent l’énergie vitale. La mélisse aidera à prendre du recul par rapport à ce tourbillon. Maurice Mességué dit que « cette herbe magique rend leur tonus et leur joie de vivre aux plus mélancoliques ». La plante aide aussi en période de deuil. Je mets un bémol sur le cas spécifique des chocs post-traumatiques; il peut arriver que la mélisse ressasse trop intensément l’angoisse vécue, occasionnant surtout des rêves impressionnants. Il pourrait alors être préférable d’entreprendre d’autres démarches avant de prendre de la mélisse. Autrement, des bébés aux aïeuls, la mélisse est une alliée!

La scutellaire maintenant. C’est certainement une des meilleures plantes pour les gens hyper stressés. À la liste de troubles qu’adresse la mélisse s’ajoute un aspect mécanique, car la scutellaire agit sur les tissus nerveux. Elle soulage les douleurs névralgiques, allant du mal de tête aux douleurs qu’entraînent les crises du développement de la sclérose en plaques. On l’utilise aussi pour les sevrages, du plus bénin café jusqu’au Dilantin ou à l’héroïne. La scutellaire est aussi utilisée, historiquement, pour traiter l’épilepsie. J’aurai peut-être l’occasion de vous en reparler plus à fond… À suivre!

J’ai un jour lu un article qui s’intitulait « le bonheur est un choix ». Des plantes comme la mélisse et la scutellaire supportent ce choix en aidant le corps et l’âme à sortir de cercles de malaise qui éloignent de la félicité. Elles peuvent très bien entrer dans une stratégie globale du bonheur, laquelle inclurait une pratique spirituelle et une diminution des sources de stress! La pilule du bonheur est donc un prisme!

Annie Rouleau
Herboriste

 

(1) « Trauma? Get over it… » par Joseph Hart, Utne Reader, juillet-août 2006