Il était un jardin…

Il était une fois un jardin où des millions d’espèces, dont la nôtre, vivaient en équilibre depuis des siècles et des siècles. D’après les experts en la matière, il paraît que la félicité était à portée de la main : il aurait suffi de faire fructifier ce riche patrimoine.

Mais rien ne s’est passé comme prévu. Le rythme d’extinction des espèces est aujourd’hui mille fois plus élevé qu’à l’époque précédant l’entrée en scène de l’humanité, en raison principalement de pertes massives d’habitats, et, de plus en plus, des suites du bouleversement climatique. (1)

Face à la catastrophe annoncée, il serait peut-être temps de revoir la croyance selon laquelle le grand créateur du jardin nous aurait donné le droit d’user, d’abuser et de disposer sans conséquence de son oeuvre.

De 1982 à1997, la population des Etats-Unis augmentait de 17 %, pendant que la consommation de terrain à des fins de développement urbain progressait de 47 %. Le nombre d’acres utilisé par personne a doublé au cours des vingt dernières années dans les nouveaux développements résidentiels. (2)

Né au royaume du gaspillage, le « Smart Growth » est une forme d’urbanisme visant à contrer un étalement urbain et rural, grand consommateur d’hydrocarbures, d’habitats fauniques, de terres agricoles et de paysages. Afin de pouvoir « conserver ce qui doit être conservé, et développer ce qui doit l’être » , cette approche propose d’améliorer l’efficacité du développement par une planification favorisant systématiquement l’économie d’énergie et de territoire.

Prédévelopement
Conventionnel
Coservation

Le « conservation subdivision design » associé à cette tendance est fondé sur des techniques de zonage et de lotissement favorisant, dans les secteurs promis au développement (soit la majeure partie du territoire), une conservation optimale du patrimoine naturel et bâti.

L’usage ponctuel de ces techniques ne suffit pas à maintenir adéquatement la biodiversité ou à ralentir efficacement l’étalement. Mais intégrée aux différents niveaux de planification municipale et régionale, cette approche, particulièrement adaptée au milieu rural, permet au développement résidentiel de contribuer à la conservation des habitats et des paysages à moindres frais, et pour le plus grand bénéfice de tous, promoteur inclus.

Le principe de base est simple : plus on conserve, plus on peut développer. Pour ça, il faut repenser le processus de planification à l’envers : on commence par retirer des zones de développement potentiel tout ce qui doit être conservé, puis on retranche tout ce qui aurait intérêt à être conservé, et on choisit soigneusement les implantations, dans ce qui reste, d’autant d’unités d’habitations qu’on aurait pu mettre dans l’ensemble du terrain développable. On implante ensuite les routes, et on finit par subdiviser le terrain à la fin de tout, plutôt qu’au début.

Pour favoriser une conservation optimale, la densité maximale d’habitations (ou de commerces, suivant le zonage) autorisée pour un développement augmente en fonction de la proportion d’habitats fauniques et de paysages d’intérêt qu’il permet de conserver à perpétuité sur le terrain visé. Des bonus de densité proportionnels à la performance en conservation sont accordés pour les développements dépassant les ratios de base, qui sont généralement de 50 %. Le même mécanisme peut être utilisé pour favoriser l’intégration de logements abordables.

Afin d’assurer la conservation à perpétuité du terrain retranché au développement (généralement entre 50 et 70 %), des servitudes de conservations y sont attachées, généralement en faveur d’une fiducie foncière garante du respect de cette mission.

La conservation de la majeure partie du terrain va de pair avec des économies en aménagement et entretien d’infrastructures profitables au développeur, comme à la municipalité, et avec une plus-value foncière accompagnée d’une appréciation régulière au fil du temps. Les bénéfices sur le plan environnemental dépendent, quant à eux, de l’échelle de planification.

L’idée a intéressé plusieurs organismes environnementaux de la région qui ont décidé de la faire germer sous la forme de présentations publiques, les 21 et 23 février 2007, accompagnées le 22 février d’un atelier de formation à l’attention des élus, planificateurs et développeurs locaux et régionaux. Une histoire à suivre…

Patricia Lefèvre
Pour le GRAPP

info@grapp.ca

1- Dan L. Perman, Jeffrey C.Milder, Practical ecology for planners, developers and citizens.
2- http://smartgrowthamerica.org/openspace.html