Contempler un paradis, paysage naturel protégé

Jacinthe Caron
Le Corridor appalachien

Prenez-vous le temps chaque jour d'apprécier la beauté des paysages naturels qui ceinturent la région de Sutton et des Appalaches? Savez-vous que ces kilomètres de forêts et de milieux naturels sont la propriété de gens qui, comme vous, les considèrent d'une beauté exceptionnelle? Heureusement, la plupart désirent que ce paysage demeure dans son état naturel. Certains propriétaires apprécient les étendues forestières riches en faune et en flore à un point tel qu'ils ont choisi d'en faire don à un organisme de conservation. Il s'agit pour eux d'une façon de s'assurer que ces milieux naturels subsisteront à travers le temps et continueront à faire l'admiration des résidents et visiteurs de la région.


photo: Philippe Tartartcheff

Des dizaines de propriétaires ont déjà fait un don écologique dans la région c 'est-à-dire, qu'ils ont fait don d'une servitude ou d'une partie de leur propriété pour en préserver l'état naturel. Parmi ceux-ci, madame Marie Junger nous offre un témoignage qui exprime son amour pour les milieux naturels des Appalaches. Madame Marie Junger a fait le don d'une servitude de 60 hectares ( 150 acres ) de milieux naturels à l'organisme de conservation « La Fiducie foncière Mont Pinacle » (FFMP) sur le territoire du Corridor appalachien (ACA) . En grevant sa propriété d' une servitude de conservation, madame Marie Junger savait que ses terres conserveraient à jamais leur état naturel, même si elles étaient transférées à un nouveau propriétaire. Voici une brève intrusion dans son histoire.

Il y a quarante ans, alors qu'elle attendait son deuxième enfant, Marie Junger se promenait à la campagne en compagnie de son mari à quelques kilomètres de Sutton. Intrigués par une pancarte « à vendre » devant une vieille ferme, ils ont décidé de s'arrêter, de visiter et finalement de faire une offre d 'achat . « Avant de nous lancer dans l'aventure, nous avons fait le tour du voisinage pour connaître un peu l'histoire de cette propriété. La maison avait la réputation d'être une maison heureuse, où il y avait toujours des fêtes ; , nous n'avons pas hésité à l'acheter », raconte-t-elle avec amusement. D'une superficie totale de 86 hectares (212 acres), la propriété à vocation agricole est constituée de champs de part et d'autre de la maison, au bout desquels il y a la forêt.

Mère de quatre garçons, des hommes maintenant, madame Marie Junger a longuement expliqué à ses fils son intention de mettre en conservation une partie des milieux naturels de sa propriété. Leurs discussions l' ont amenée à envisager l'outil légal qu'est la servitude de conservation. « Je veux laisser en héritage à mes enfants et aux générations futures une forêt protégée où la faune et la flore peuvent se développer au rythme de la nature, sans craindre les empiètements d'une expansion pas toujours bien contrôlée », affirme-t-elle.

Marie Junger a longuement réfléchi au contenu de sa servitude et, pour en discuter, elle a rencontré à plusieurs reprises les représentants de l'ACA : biologistes, technicien forestier et coordonnatrice de projet, ainsi que les représentants de la FFMP. « Le temps consacré à l'élaboration de la servitude est, selon moi, nécessaire. On s'engage et on engage les descendants ou futurs propriétaires à perpétuité. Il faut donc penser en ce sens. Outre la conservation, la servitude que j'ai signée laisse la porte ouverte à mes successeurs pour l'exploitation d'une érablière à des fins personnelles et pour la création de sentiers dans la forêt. Ces activités sont compatibles avec mes objectifs de conservation, pourvu qu'elles soient menées dans le respect de l'environnement. La servitude de conservation est finalement un outil assez souple. On la façonne à notre goût selon nos objectifs personnels de conservation. Il ne faut pas uniquement la considérer sous l'angle de la restriction des utilisations. »

L'élément qui incite plusieurs propriétaires à s'intéresser à une telle démarche est le désir de participer à la mission de conservation des milieux naturels forestiers de notre région. « Les inventaires et le plan de conservation réalisés par les biologistes et à partir desquels on précise la servitude sont des instruments de travail stimulants. Le fait d'avoir arpenté ma propriété, en compagnie de spécialistes qui m'ont révélé ce qu'il y avait à protéger sur ma terre et pourquoi, a confirmé chez moi le désir de conserver à perpétuité cette richesse », affirme-t-elle. « J'ai l'immense satisfaction d'être la gardienne de ma propriété et des espèces qu'elle abrite et j'aimerais semer cette graine de la conservation autour de moi. »

Pour madame Marie Junger, comme pour plusieurs autres propriétaires de milieux naturels, faire un don de servitude ou de propriété est loin d'être un simple acte de bienfaisance. Ce geste procure avant tout l'ultime satisfaction d'avoir participé au grand projet de protéger à jamais l'héritage naturel de la région.

 

Merci à madame Marie Junger et à la Fiducie foncière Mont Pinacle pour leur participation.