Sutton comfort
Depuis que j’ai déménagé à Sutton, mes amis viennent me visiter lorsqu’ils ressentent l’appel de la campagne, même si j’habite en plein village. Le nom de Sutton est synonyme pour eux de ski et de randonnée. Ils s’étonnent encore de voir que je ne m’ennuie pas trop de la vie urbaine et que je me suis fait très vite de nouveaux repères, m’incrustant même jusque dans la vie municipale en acceptant de coordonner et de rédiger le projet de politique culturelle de la ville.
Il y a presque deux ans maintenant que j’ai atterri à Sutton. Je cherchais depuis quelque temps déjà, un coin de pays pour effectuer un passage tout en douceur dans la trentaine. Après plusieurs années à Montréal puis à Paris, à courir entre l’université et les multiples petits boulots, j’avais envie de retrouver le charme de la campagne, loin des murs de bétons contre lesquels mes pensées se heurtaient malgré elles. J’avais envie de grands espaces et de plein air, d’un endroit où je pourrais décanter toute la frénésie des dernières années et retrouver quelques moments de félicité.
Je ne voulais pas trop m’éloigner de la métropole, puisque beaucoup de mes amis et de mes clients potentiels sont d’éternels urbains. Et même si je fais partie de la joyeuse bande des télétravailleurs, il est toujours bénéfique de rester sous l’égide du 514, sans dépasser la borne psychologique du 450. La région des Cantons-de-l’Est s’inscrivait donc sur la carte des possibilités, mais plus particulièrement la région que je suis venue à connaître sous le nom de Brome-Missisquoi.
En plus d’avoir l’avantage de connaître quelques âmes dans les environs de Brigham, Sutton et Dunham, j’étais attirée par le contraste des paysages agricoles avec la chaîne des Appalaches ainsi que par l’éclectisme que provoque le mélange de l’architecture victorienne à l’accent québécois. Pour moi qui ai été exposée très tôt à une culture bilingue et biculturelle, j’y retrouvais un cocktail familier et accueillant.
Le mot fût donc vite passé que je m’apprêtais à faire «le grand saut», à endosser le titre de «néo-rurale» et, en un rien de temps, des amis du coin m’ont orientée vers un chouette appartement avec des plafonds embossés et un poêle à bois pour me garder au chaud pendant les longues soirées d’hiver que je passe à ne bouger que le bout des doigts sur le clavier de mon ordinateur.
Le hasard a voulu que cette heureuse trouvaille se situe au cœur du village de Sutton, qui m’a tout de suite enchanté grâce à son musée (que je ne savais pas fermé), ses multiples galeries d’art, ses cafés, ses restaurants, ses boutiques, ses jolies maisons victoriennes, son magasin d’aliments naturels…
Je fus agréablement surprise d’apprendre, par la suite, qu’une ligue d’improvisation égaillait les week-ends pluvieux, qu’il y avait des soirées de cinéma répertoire, qu’on pouvait visiter certains des ateliers d’artistes du coin chaque été, que je pouvais m’inscrire pour recevoir des paniers de légumes biologiques cultivés localement, qu’ici les gens du Troisième âge allaient à l’université et que je pourrais moi-même suivre des cours de yoga et de danse. Sans oublier que la proximité des sentiers de randonnée pédestre, des pistes de ski de fond et de ski alpin m’emballait tout autant puisque j’étais pleine de résolutions pour pallier le manque d’exercice relié à mon travail.
Je ne sais pas encore si Sutton sera la terre où je prendrai racine (le prix de l’immobilier n’étant pas encore une terre fertile pour mon petit budget), mais je souhaite de tout cœur que le projet de politique culturelle auquel j’ai participé contribuera à faire de la culture à Sutton, un attrait aussi alléchant que la montagne pour les touristes, ainsi que pour les citoyens et les néo-ruraux en devenir! Parce que la culture, c’est aussi un ciment social, très riche en moments de félicité, autant pour ceux qui la créent que pour ceux qui la consomment!
Geneviève Hébert