Une touche de poésie
Il semble qu'il existe dans le cerveau une zone tout à fait
spécifique qu'on pourrait appeler la mémoire poétique et qui
enregistre ce qui nous a charmés, ce qui nous a émus,
ce qui donne à notre vie la beauté.
Milan Kundera
À Dunham, dans une rue de terre battue, une plantation d'arbres entoure une maison en bois originale. Un petit sentier bordé de roches monte jusqu'à la porte d'entrée devant laquelle des jouets jonchent le sol. À l'heure prévue, la jeune artiste m'invite à entrer. Tout un côté de la maison est une grande fenêtre qui regarde la forêt et laisse entrer toute la lumière. Dans le salon, un escalier en colimaçon mène à l'étage. Marie-Claude me déclare tout de go que les murs intérieurs de sa maison sont faits de matériaux naturels comme le chanvre, et que l'ameublement a été créé à partir de pièces d'anciens meubles qu'elle a récupérés. Il fait bon dans cet endroit et Marie-Claude Lord y est pour quelque chose. Jeune, vive et moderne, voilà une poète pas comme les autres : elle illustre des contes aussi bien qu'elle peint le raffinement au centre des émotions extrêmes.
Elle aime à recréer son monde intérieur à la transparence du vitrail. Inspirée par la poésie et la musique et admiratrice de l'esthétisme du frère Jérôme, Marie-Claude a compris que pour trouver son originalité, elle devait rejeter les carcans qui l'enferment dans des modèles à suivre. Elle explore une technique nouvelle qui l'unit à son art : souvent, elle peint avec ses doigts, collée sur son support, les yeux fermés, s'échappant ainsi de la censure du mental et se laissant aller totalement. Lors de ces retrouvailles avec l'enfant originel, s'établit une symbiose entre l'artiste et son oeuvre. En traversant le chemin de ses visions oniriques, elle peint le mouvement qui l'anime, une émotion fragile et vaporeuse où sa sensibilité lui ouvre une porte sur le monde. L'automatisme qui la révèle d'une manière bien sensuelle lui dévoile sa créativité. Elle peint ce qu'elle ressent dans les choses, une musique qui danse, un rêve qui éclot. Le résultat est superbe et fascinant : une indicible légèreté de l'âme qui colore le panneau de bois.
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Sa démarche artistique, toute en finesse, découvre la beauté dans la vulnérabilité des êtres et du monde. Elle tente, à faible émission, de provoquer un réchauffement climatique pour nos âmes esseulées et crée les moments où le cœur parfois tombe et parfois s'envole . L'équilibre qu'elle cherche se situe aux extrémités des forces qui ploient et se déploient dans le courant d'une vie. Elle est sensible aux chaos intérieurs de l'humain comme au désordre planétaire : quelques-unes de ses peintures montrent de subtiles et touchantes figures qui mettent en présence ces forces opposées. On perçoit la subtilité de l'émotion, on dirait de minces filaments de son être qui s'envolent et s'inscrivent sur la toile. Par la gracilité de l'envolée, se forment des fleurs qui planent entourées encore de leur chrysalide, des oiseaux qui voltigent au bord d'une falaise en opposition à un chien couché dans un nid de souffrance. Ou encore, dans une peinture abstraite se cachent deux personnages fantomatiques avec un animal dans la profonde noirceur d'une caverne de marbre.
La construction de sa maison a fait réfléchir la peintre à une nouvelle façon de vivre son art. Les produits naturels qu'elle utilise, tels les bâtons à l'huile, le graphite, le crayon de plomb, le papier recyclé et de vieux panneaux de bois, disent tout haut sa conscience d'une société plus écologique et plus près de la nature. Démarche cohérente pour Marie-Claude où tout doit avoir un sens. Des paroles de Henry Miller sur une affiche : Paint as you like and die happy.
Après une formation en littérature jeunesse et en arts, Marie-Claude Lord fonde en 2003, avec des amis, la maison d'édition Les voisins d'en face. Le recycleur de talents inspirés des beaux textes de François Lavallée et Le solitaire qui cultive le silence sont deux contes philosophiques et amusants qu'elle illustre merveilleusement. Trois des œuvres de cette amie des poètes et des chansonniers se retrouvent sur les pochettes des albums de Luce Dufault. Les voisins d'en face sont aujourd'hui une collection de Planète rebelle, où elle travaille comme illustratrice et directrice artistique. Son expérience dans diverses agences de communication, de publicité et de marketing l'a menée jusqu'à Dunham où elle œuvre pour la firme Attention Design+communication. Marie-Claude a exposé en solo à Montréal et en Estrie. Vous pouvez la joindre au 450 295-2699 ou visiter son site Internet : www.marieclaudelord.com
Marie Rollet