ARRÊTS SUR CASES BD & SUR MOTS DIT DE CHANSONS
Bandes dessinées et musiques
Par Ramon Vitesse
Notre éloge à la lenteur, voire même notre appel à la paresse, tels ces empêcheurs de tourner en rond à toute allure que sont Paul Lafargue et Bob Black, prend la forme de propositions de cases BD et de mots choisis dans des chansons sur lesquels nous savourerons l’instant rescapé et libéré de ses contingences.
COLIBRI (Ça et là) de Guillaume Trouillard. De ce livre à saveur futuriste et écologiste réalisé à l’aquarelle, j’hésite entre deux cases marquantes… Il y a bien celle où les animaux de la forêt donnent la charge aux pelles mécaniques et aux bulldozers en train d’éradiquer leur forêt et cette autre où des policiers, après avoir éteint un homme s’immolant, se mettent à le brutaliser sévèrement! Dans les deux cas, l’espoir reste mince, très mince.
MISTER PRESIDENT, 4. La guerre du Golfe!! (Lombard) de Clarke. Dans cette BD, plusieurs faits sont rappelés et l’humour y est aussi dévastateur que les mensonges dont on nous abreuve. À preuve, cette image où le Président déclare devant tout plein de logos de pétrolières, que « Pas du tout! Ce sont des calomnies! ». Évidemment, un petit encadré remémore que le 2/3 des réserves mondiales de pétrole est irakien…
VOYAGE EN ZONE D’EXPLOITATION (400 Coups/ Zone Convective) de Louis Rémillard. Quelle est cette case qui résume admirablement cet album concept (sans parole et où, à chaque case, doit apparaître le même véhicule affublé d’un canot) et qui nous permet de constater l’imbécilité humaine à démolir systématiquement tout espace de nature; à couper tous les arbres? Je dirais celle où l’on voit repartir un couple et son chiard en laissant derrière eux des immondices et un arbre dont le tronc se voit gravé un brillant « Roger et Huguette »!

AMÈRES SAISONS (Casterman) d’Étienne Schréder. Comment choisir une case dans ce roman graphique, où l’auteur, auparavant greffier alcoolique dans une prison, se raconte; narre une déchéance impitoyable qui lui fait relever que nous serions « tous des détenus en puissance »? L’alcool est une drogue dure, vicieuse et indécollable… Justement, cette case illustrant en gros plan le dernier verre à moitié vide se révèlera fausse.
Si la mort passe proche dans ce dernier livre, elle frappe réellement dans LES FUNÉRAILLES DE LUCE (Vents D’Ouest) de Springer où une toute petite fille et son grand-père auront à en découdre avec cette faucheuse de vie. La différence de vue à ce sujet de la part d’une branche verte et d’un vieux fruit ridé fascine. Toutefois, un des moments les plus vibrants de cette BD en noir et blanc et économe en mots, reste la case où une petite vieille, flambante nue, arrive devant le pépé sidéré en lui déclarant tout de go : « S’il vous plaît, décidez-vous avant que je meure de honte! ». La vie, jamais, ne devrait être remise à plus tard!
LA CAMPAGNE À LA MER (Futuropolis) d’Emmanuel Guibert est un carnet estival dû à une des plumes et pinceau parmi les plus en vue de la BD actuelle. En toute simplicité, apparaissent vaches, arbres, plagistes et même un champ de betteraves… Un littoral normand qui n’a d’exceptionnel que le regard attentif qui lui est porté et, évidemment, ce trait et ces couleurs qui font ressortir l’inédit. Côté texte, l’auteur s’est amusé à reproduire des commentaires de gens qui l’ont approché alors qu’il maniait ses pinceaux… Alors là, bonjour le décalage et les niaiseries naturellement comiques.
GHOULUNATICS, The Beast of (Galy Records), de ce groupe incandescent qui insuffla un vent de renouveau métal core à une imagerie de films d’horreur de série B, retrace leur calvaire musical de 1994 à 2008. Retenons « Laisse-moi tranquille/ laisse-moi renaître » pour savourer encore longtemps ces vingt morceaux évoquant une fameuse chasse-galerie!!! Une autre fameuse bête de scène assurément inaltérable?
MON’ONC, Pestak (Serge Robert / DEP)… Voici un album double audio et DVD des plus crus. Disons que Mon’Onc se spécialise dans le direct et le survolté. Comment rester indifférent devant une prose telle : « Le lendemain de Noël tout le monde capote/ Dehors les crétins retournent dans les magasins/ Encore des aubaines à ne pas manquer! »? Musicalement on assiste à des collages hallucinants (de l’opéra au jazz heavy) et tout aussi déstabilisant. Un album incluant des vidéos mettant en échec toute duplicité…
IVY, Slamérica (Indica/ Outside) propose une gouaille bien à lui. Ivy aligne les mots en faisant se télescoper les sens sur des rythmiques empruntant autant au hip hop qu’au spoken word , autant à la poésie déclamée qu’aux musiques de la langue; bref du slam! « La question des Indiens dont on traite sous réserve » montre, en bref, une capacité révélatrice.
TOMÀS JENSEN, Quelqu’un d’autre (GSI Musique/ Select) n’est pas mauvais du tout. La musique et l’ambiance sont même sympathiques… Mais, est-ce suffisant? Admettons que Jensen a été quelqu’un avant d’être ce quelqu’un d’autre et que ses textes avec les Faux monnayeurs étaient loin d’être quelconques. Même révolutionnaire, il avait le chic de s’autocritiquer et d’oser. Là, on tourne un peu autour du pot : « oublie la marmaille/ oublie l’aspirine/ oublie l’impossible »…
Pour notre dernier effort avant le repos, il ne me reste plus qu’à vous inviter cordialement au premier COWANSKATE CULT, un événement dédié à la culture skate, musiques (hip hop, punk, métal, hardcore), arts visuels (graffitis, body painting, pochoirs, etc.) et des compétions… Rendez-vousles 11, 12 et 13 juillet au Centre de la nature de Cowansville.