Ralentir le Tempo

L'hiver écourte les heures d'ensoleillement, il ordonne à la terre de se reposer et à l'humain de s'intérioriser et de ralentir son rythme d'activité. Le paysan reconnaissait les signes dictés par la nature et savait s'arrêter. La terre avait donné sa récolte, la famille et les animaux pouvaient compter sur sa nourriture pour passer la dure saison.

Lorsque l'on écoute les Quatre Saisons de Vivaldi, le rythme, la couleur et le souffle de chaque mouvement nous rappellent l'éveil de la nature au printemps, l'épanouissement joyeux de la création à l'été, la reconnaissance pour la moisson à l'automne et l'appel au repos de l'Andante à l'hiver.

Mais voilà, aujourd'hui, paradoxalement, l’édition d’été du Tour de Sutton fait l’éloge de la lenteur, nous invite à prendre une pose. Pourquoi? Une explication s'impose : la mienne.

La majorité du temps, les engagements, le travail, l'école, les cours de toutes sortes s'étalent de septembre à juin. Par surcroît, le long hiver a siphonné beaucoup d'énergie. Au lieu d'avoir ralenti nos efforts, on les a vus s'inten-sifier. D'abord, il fallait survivre aux sautes d'humeur de dame Nature, maintenir le moral et s'encourager mutuellement que l'été reviendrait... Ajoutons à cela, les perturbations et les deuils qui ont tissé le quotidien des derniers mois.

Choeur à Mansonville dirigé par Céline Larouche.
Photo par: Marcel Piuze

 

« Ralentir le tempo », c'est l'invitation lancée aux lecteurs de ce journal. Ce sujet m'amène à vous confier mon intérêt grandissant pour les aînés, qu'ils soient autonomes ou non, et pour les personnes handicapées. Oui, cette classe de la société est déjà entrée dans cette quatrième saison où la modération et la pondération sont la trame de leur vie de tous les jours. Ce que je fais? Je leur apporte des chansons, seule, ou avec une chorale de retraités « Choeur des 2 monts ». Ce geste leur procure joies, sourires, entrain, réconfort et passe-temps. Pour nous, c'est l'occasion de prendre le temps et de nous mettre au diapason de ceux qui ont tout leur temps...

Le chant est thérapeutique. Tous y gagnent en bienfait et en satisfaction, que ce soit ceux qui chantent ou ceux qui entendent. Plusieurs bénéficiaires voient leur santé décliner, mais combien apprécient l'expérience musicale. Les sons les rejoignent toujours. Certains airs font réagir les plus malades, d'autres les ramènent à leurs souvenirs et les font fredonner. Ça c'est gratifiant!

Rendant visite à une personne seule, en convalescence dans une résidence du Lac-Brome, nous invitons un vieillard de 97 ans à jouer du piano. Ce qu'il accomplit, avec grâce. Mon amie et moi unissons nos voix pour chanter des airs irlandais et, en peu de temps, un groupe de pensionnaires et de préposés nous entourent en fredonnant avec entrain. Prendre le temps de chanter avec nos aînés, c'est de se donner l'occasion de côtoyer et d'apprivoiser la lenteur. C'est recevoir une riche leçon de vie, celle d'expérimenter qu'une journée à la fois mérite d'être vécue pleinement.

Dans ce sens, deux projets m'intéressent. L'un concerne la Villa des Monts et consiste à faire chanter les résidents francophones et les résidents anglophones, en alternance et sur une base régulière. On répondrait ainsi à ce grand besoin qu’ils ont exprimé à la suite de récitals offerts lors d'événements spéciaux.

Mon deuxième projet touche un groupe de Mansonville qui souhaite chanter sous ma direction. L'appétit et l'enthousiasme qui m’anime dans le choix de ce « hobby » sont révélateurs. C'est une activité à la fois récréative et « soignante ». On y découvrira une relaxation physique, mentale et émotionnelle. En plus d'exécuter des exercices respiratoires et des vocalises, on prendra conscience que chanter est un doux massage du larynx, des cordes vocales. C'est faire vibrer l'âme.

Ce thème proposé par notre journal de campagne peut-il s'intégrer à notre quotidien sans tenir compte d'une saison, d'un travail, d'un âge, d'un rang social ou d'une philosophie? Et si c’était simplement de prendre le temps d'être humain dans le calme et le silence afin de trouver l'essence du bonheur.

Céline Larouche