Un espace-temps

Au moment où j’écris ces lignes, je suis rongée par la culpabilité de ne pas encore avoir remis mon article : il était dû la semaine dernière. Ce n’est pas que je ne l’ai pas écrit. J’ai environ cinq pages de textes et d’idées sur le thème de la lenteur. Mais pondre un texte qui me satisfait prend parfois un long temps de gestation, une lenteur incroyable. Pourtant, à d’autres moments, l’inspiration vient tout de suite et je n’ai pas assez de doigts pour enfoncer les touches du clavier et faire ainsi avancer mes idées en mouvement linéaire sur l’écran de mon ordinateur.

Comme vous tous, je préfère de loin me retrouver dans la deuxième situation, où créer devient une chose naturelle et presque sans effort. Mais le plus souvent, je suis dans la situation inverse. J’ai beau avoir fait des tonnes de recherches sur le thème donné, avoir écrit sur papier tout ce qui me vient à l’idée, je n’arrive toujours pas à trouver une ligne directrice. Plus le temps passe et plus celui-ci se retourne contre moi. C’est souvent une fois au pied du mur, au dernier moment, que j’accouche enfin, parfois de peine et de misère et sans épidural, d’un texte qui, finalement, me ressemble un peu.

Il est difficile d’assumer la lenteur du processus créatif, car à l’ère de la performance et de la productivité, la lenteur n’a pas la cote. Voilà pourquoi il est difficile de l’accueillir avec sérénité lorsqu’elle se manifeste dans nos vies en étirant le temps jusqu’à ce qu’il pète.

Pourtant, les temps de gestation sont naturels, voire essentiels. Mais nous voulons que tout se fasse plus vite. Nous gavons, par exemple, nos terres d’engrais chimiques pour obtenir de plus gros légumes, plus rapidement, toujours dans l’espérance d’un plus gros profit. Mais pourtant, la rapidité a un prix et il n’est pas toujours avantageux. Il faut parfois accepter que tout processus créatif a besoin de temps pour développer son plein potentiel. Pour un fœtus humain, ce sera 9 mois, pour une nouvelle entreprise, de deux à trois ans.

Chaque projet et chaque personne sont régis par un rythme interne, bien à eux. Si l’on ne respecte pas leur rythme, on risque d’hypothéquer leur développement. Il vaut donc mieux s’armer de patience et d’écoute lorsqu’on s’engage dans un nouveau projet, petit ou grand, et garder confiance que le temps fera son œuvre, sans oublier, bien sûr, d’y mettre les efforts nécessaires.

La lenteur peut donc s’avérer un ingrédient nécessaire à la naissance d’un être avec une bonne colonne, ou d’un texte avec une bonne ligne directrice. La lenteur est cet espace-temps dans lequel chacun se retrouve, entier, à l’écoute de son essence personnelle. Alors, la prochaine fois que vous êtes sous son emprise, oubliez la culpabilité et faites confiance au temps et aux efforts soutenus.

Geneviève Hébert