S'étirer le réveil

Réveil.

Dans la chambre il y a un silence endormi.

Derrière les persiennes, la lumière estompée crée des mirages.

Le jour n'est pas encore levé.

Je m'étire longuement en repoussant les draps avec mes pieds.

L'air frais respire sur ma peau.

Je glisse dans un pyjama et quitte la moiteur de la chambre.

Le plancher n'est pas si froid. Il a un teint de printemps sous la plante.

À la porte, il y a Vagabond qui m'attend.

Comme à tous les matins, il s'enroule à mes chevilles et me miaule sa faim.

Des petits sons, détachés, comme des syllabes.

Je le cajole derrière les oreilles, lui glisse des mots doux entre les doigts.

Le suis, en faisant attention de ne pas l'enjamber.

À la cuisine, j'allume une lampe. La plus petite que je peux trouver.

Je ne veux pas effrayer la clarté discrète.

Avant de nourrir le chat, je mets l'eau à bouillir.

Dans un contenant de verre, je dépose des fleurs.

Je prends plaisir à choisir les saveurs qui coloreront mon breuvage.

Tant de souvenir d'été conservés dans de petits sacs.

L'eau se fait entendre. Un frémissement qui va en s'accentuant, que je dois attraper avant qu'il ne s'effondre.

Je déloge la casserole du feu et regarde son fond constellé de bulles.

Certaines remontent à la surface et éclosent.

De petites bouches qui s'ouvrent pour une dernière bouffée d'air.

Je verse l'eau dans la théière et les fleurs se dispersent en une danse bucolique jusqu'à la fin de l'averse.

Je regarde ce bouquet multicolore, visage gorgé de

tendresse, que je recouvre afin de préserver la chaleur et les parfums.

Je sors un bol de l'armoire. Celui qui tient au creux d'une main.

Ensemble, nous avons une longue histoire.

Il y a de ces objets qui nous sont plus attachés quecertaines personnes.

Je prends mes trésors et les dépose à la table où j'allume une chandelle.

La flamme s'élève, haute, puis redescend. Éclaire d'orangé ce salon qui encore dormait.

Le ventre rempli, Vagabond se lèche les pattes sur le coin de la carpette. Puis, grimpe à sa chaise, se roule en boule et s'endort.

Sa respiration est un souffle captif entre les branches.

Je rabats le couvercle de l'infuseur et verse le breuvage.

La tisane bien logée entre les mains, j'appuie le dos contre l'accoudoir et tourne le regard vers l'extérieur.

L'aube invite à la rêverie.

Du bout des lèvres, je prends une première gorgée. Elle s'apparente plus à un souffle.

Son haleine me cajole d'ivresse.

Longtemps, je reste accrochée au paysage. Le soleil, dans son ascension, révèle mille et un émerveillements.

...

Dans le creux de mes mains, la tisane est devenue froide. Son goût floral est prononcé.

La bougie veille une maison éclairée.

Et moi,je me lève.

M'habille.

Je vais rejoindre ce monde qui appelle mes couleurs à jouer avec lui.

Véronique Gemme