Les nuances du Dang Shen
Dans le numéro Hiver 2007 du journal Le Tour, je vous ai brossé un portrait sommaire des plantes adaptogènes. Le sujet est vaste. Il fait d’ailleurs l’objet de nombreuses études, livres et articles spécialisés.
Tel que suggéré dans le précédent texte, j’ai choisi une plante pour approfondir la question. Il s’agit du codonopsis, ou Codonopsis pilosulae en latin, Dang shen en chinois. Dans la pharmacopée chinoise, le codonopsis est une des plantes toniques les mieux connues et des plus utilisées.
Le codonopsis fait donc partie des adaptogènes. Les nuances entre chacune d’elles sont assez subtiles. Les adaptogènes sont toutes des plantes toniques. En gros, elles vont toutes avoir des effets sur l’énergie physique en général, sur la concentration et l’endurance, sur l’immunité, sur la circulation sanguine et, globalement, sur l’intégrité du métabolisme. Certains adaptogènes, comme les ginsengs asiatiques, ne sont pas indiqués en toute circonstance. Par exemple, il ne serait pas approprié pour un jeune homme plein d’énergie et au tempérament sanguin de prendre du ginseng asiatique même si un adaptogène lui serait profitable. Ce ginseng serait trop « yang » et trop « chaud » pour lui. En d’autres termes; trop puissant. Par contre, ce même jeune homme pourrait très bien prendre du codonopsis. La plante peut remplacer le ginseng dans les préparations lorsqu’un grand tonique est requis et que le ginseng n’est pas approprié. Leurs actions sont similaires sur plusieurs points, mais le codonopsis est beaucoup plus doux.

Principalement, le codonopsis augmente la production des fluides corporels (plasma sanguin, salive et lactation, entre autres) et revigore le système immunitaire. Il est antioxydant et inhibe significativement l’agrégation plaquettaire. En médecine traditionnelle chinoise (MTC), il est un des toniques du Qi les plus utilisés. Le Qi représente le sang et la vitalité humaine immédiate. Il est produit par le travail combiné du poumon et de la rate. En MTC, la rate « transforme » la nourriture que nous ingérons en Qi. Le poumon fait de même avec l’air que nous respirons. Le sang est ainsi produit et nourri. Les toniques du Qi ont donc des effets sur le système digestif, sur l’assimilation et sur le système respiratoire. « Ils augmentent la quantité et affinent la qualité de l’énergie et du sang qui circulent dans notre système »1.
Le codonopsis est indiqué lorsque les symptômes de faiblesse de la rate et du poumon sont présents soit : souffle court, toux persistante, palpitations, diarrhées, manque d’appétit, fatigue chronique, faiblesse et lassitude, pâleur, immunité faible ou défaillante. La plante soutient et stimule le système immunitaire. Elle est utilisée lors de convalescence, d’épuisement post-chirurgie et post-partum, et en complément à des traitements de chimio ou de radiothérapie. Le codonopsis protège le corps des effets secondaires de ces thérapies, sans en diminuer l’efficacité. Des polysaccharides (ou polyosides) immunostimulants sont à l’origine de l’action du codonopsis sur le système immunitaire.
Outre les connaissances millénaires des médecins chinois, les scientifiques contemporains multiplient les recherches sur les différents usages du codonopsis, notamment pour le soin des problèmes coronariens2 et dans la prévention et le traitement de la maladie d’Alzheimer3.
De la plante on utilise la racine, sèche ou fraîche, en décoction ou dans un bouillon de soupe. Des capsules de codonopsis en poudre sont aussi disponibles. On suggère de 5 à 10 grammes de plante quotidiennement, et jusqu’à un maximum de 30 grammes. Un concentré liquide peut aussi être utilisé.
Dans la liste des adaptogènes, le codonopsis est une des plantes de base, douce et sans danger. Cependant, deux contre-indications sont à noter : durant la phase aiguë d’une maladie et lors de la prise des médicaments anticoagulants ou antiagrégants plaquettaires. Mentionnons que le codonopsis potentialise leur effet. Autrement, les enfants, même tout petits, en bénéficieront grandement, comme les grands-parents et tous ceux qui se trouvent entre les deux!
Annie Rouleau
Herboriste
450 538-6454
1-Radiant Health par Ron Teeguarden, éd. Warner Books, 1998.
2-Chinese Medical Herbology & Pharmacology par John K. Chen et Tina K. Chen, éd. Art of Medecine Press Inc., 2004.
3-Modified Wendan Decoction can Attenuate Neurotoxic Action Associated with Alzheimer’s Disease, par Ping Liu, Lei Zhao, Shu-Ling Zhang et Ji-Zhou Xiang, eCAM Advance Access published online on October 10, 2007, 2007.