Initiatives publiques ou privées?
Nuançons…
Serge Gagné
En écotourisme comme en d’autres domaines, les corps intermédiaires peuvent, localement, faire mieux avec moins. Mais, nuançons tout de suite : s’ils sont éclairés et bien structurés. On l’a vu récemment avec le projet municipal de Plan directeur d’urbanisme de la ville de Sutton. Si l’on n’appuie pas une planification sur des données de base indiscutables, on s’expose à de dangereux dérapages, aux solutions trompeuses et à courte vue.
Le territoire de Sutton, que cela plaise ou non, se caractérise par une nature à la fois exceptionnellement riche et fragile. Il constitue depuis deux cents ans et au-delà un attrait non seulement local, mais régional, provincial, et même national. L’intervention récente de l’organisme canadien Conservation de la nature et l’affluence touristique des dernières décennies en sont des indices clairs. Sans exagérer, l’intérêt du patrimoine naturel de Sutton déborde en conséquence nos petites visions locales.
Aussi, la population traditionnelle et les nouveaux venus doivent-ils se serrer les coudes et assurer la pérennité de cette richesse unique. C’est-à-dire, conjuguer leurs efforts pour que les uns et les autres occupent avec profit le territoire tout en restant très vigilants lorsqu’il s’agit d’en respecter l’intégrité, donc la santé et la capacité portante. L’étape des privilèges doit faire place à celui de la responsabilité.
Ci-dessous, on trouvera une analyse du concept de « gouvernance », qui interpelle autant les gouvernements municipaux, par rapport aux citoyens, que les gouvernements dits supérieurs.
Écotourisme : faire mieux, localement, avec moins
Dans un essai au titre un peu énigmatique (Écotourisme et gouvernance participative), Marie Lequin, spécialiste en études urbaines, a tenté de définir l’apport potentiel des collectivités locales dans l’exploitation touristique d’un site écologique. Elle prend pour exemple le Parc marin du Saguenay Saint Laurent, dégage les constantes de son élaboration et propose un modèle applicable à d’autres ressources. Voici un résumé de ses réflexions.

Priorité à la conservation
Avec l’écotourisme, on passe d’un tourisme passif de distraction et de détente à un tourisme plus actif axé sur la nature et sur sa conservation. En effet, on tirera économiquement parti d’une « attraction » touristique tout en prenant soin d’assurer la pérennité de la ressource. L’effet de levier viendra s’ajouter au maintien des activités traditionnelles, pour diversifier l’économie locale et ainsi contribuer au bien-être de la population environnante.
Rôle des collectivités locales
Faute de moyens et souvent de résultats durables, les gouvernements, à l’instar de l’entreprise privée, délaissent de plus en plus la théorie des grands pôles de croissance pour faire appel aux initiatives locales.
Il s’agit en quelque sorte d’un retour au vieux principe de la subsidiarité, selon lequel « l’individu actif responsable est le meilleur juge de ce qui est bon pour lui », mais pourra compter, lorsque le bien commun est en cause, sur une aide (subsidiaire) extérieure.
Gouvernance participative
La gouvernance participative suppose la concertation. Celle-ci, pour être efficace, devra reposer sur les valeurs sociales de confiance, de transparence et d’honnêteté; sur les compétences des intervenants; et sur une réelle décentralisation des pouvoirs.
Évidemment, on fera face, en cours de route, à des intérêts divergents (mais aussi convergents) et à des logiques d’action diverses, celles de l’État et celles du milieu. L’imbri-cation d’une gamme variée d’interventions favorisera l’ouverture d’esprit, la responsabilisation et la coopération. Le tout, en somme, sur fond de partage du pouvoir, du travail et de l’information.
LEQUIN, Marie, Écotourisme et gouvernance participative. 234 pages. Collection Temps libre et culture, 2001.
Voir aussi le collectif Gouvernance et territoires ruraux, Collection Science régionale, 2000. Les deux aux Presses de l’Université du Québec. Sainte-Foy. www.puq.uquebec.ca.
Également fort utile : L’obsession du citoyen, de Roger Lachance et Martine Morrisset, avec la collaboration de François Des Rosiers; édité par le Réseau québécois des villes et villages en santé, Beauport, 1998.