Tragédie à Mansonville

Mansonville, un charmant petit village faisant partie de la municipalité du Canton de Potton, fut frappé en 1923 par un des périls les plus redoutés de l'époque : une épidémie de fièvre typhoïde qui causa une vingtaine de décès et rendit plus de 200 personnes sérieusement malades.

Au début du mois d'avril, rien ne laisse présager que la vie des gens du village sera profondément bouleversée. Chacun vaque à ses occupations coutumières en ce beau début de printemps. Les élèves de l'Intermediate School se préparent pour le congé de Pâques. Leur enseignante est une jeune femme de 21 ans, nouvellement diplômée. Originaire de Cowansville, Mildred Mason est arrivée à Mansonville, en septembre 1922, pour le début de la nouvelle année scolaire. C'est sa première année comme enseignante et elle aussi, comme ses élèves, a hâte au congé de Pâques. Mais soudainement une semaine avant Pâques, elle tombe malade et on doit fermer la classe faute de remplaçant. La maladie est foudroyante et elle décède quelques jours plus tard. C'est une des toutes premières victimes de cette tragédie.

En même temps, plusieurs autres résidents de Mansonville se portent mal, et les cas deviennent de plus en plus sérieux. Le verdict tombe : une épidémie de fièvre typhoïde frappe Mansonville. Rapidement, on manque de place dans les maisons pour soigner tous les malades et on doit convertir l'école en hôpital. Les autorités font appel à la Croix Rouge de Sherbrooke. Des dizaines d'infirmières se rendent à Mansonville. Un fonds d'aide est créé et on demande des dons aux villages environnants. Rapidement, des dons en argent et en matériel arrivent de partout, non seulement des diverses régions du Québec, mais aussi des États de la Nouvelle-Angleterre.

Le 8 mai, il y déjà plus de 160 personnes malades de fièvre et on déplore 13 décès. C'est beaucoup pour un petit village dont la population n'atteint pas 400 personnes. Près de la moitié des résidents du village est malade et la fièvre typhoïde frappe tous les milieux. Le député provincial, William Robert Oliver, un marchand de Mansonville, décède dans les premiers jours de mai des suites de cette fièvre, devenant la onzième victime de l'épidémie. Certaines familles sont plus cruellement frappées que d'autres. Thomas Lapointe et son épouse perdent quatre de leurs cinq enfants.

Au milieu du mois de mai, la situation s'améliore. Il n'y a plus de nouvelles victimes, mais de nombreuses personnes sont encore sérieusement malades et certaines mettront des mois avant de complètement guérir.

Au risque de leur propre santé, deux médecins se dévoueront sans compter leurs heures pendant les semaines que durera cette épidémie. Il s'agit des docteurs Gillanders et Paintin. Le docteur Henry E. Gillanders est un jeune médecin qui vient tout juste de s'établir à Mansonville. Il pratiquera la médecine à cet endroit jusqu'à son décès en 1965. Tandis que le docteur Alfred C. Paintin est établi à Knowlton (Lac-Brome), mais il est originaire de Mansonville. Il s'y rend dès le début de l'épidémie et y demeurera pendant plusieurs semaines. Plus tard, le docteur Paintin s'établira à Cowansville et sera l'anesthésiste de l'hôpital Brome-Missisquoi-Perkins pendant 20 ans. Le docteur Paintin avait vécu une situation similaire en 1909. Alors qu'il travaillait dans un hôpital de Regina en Saskatchewan, il s'était rendu d'urgence à Carona, un petit village à l'est de Regina, remplacer un médecin malade lors d'une épidémie de variole.

Dr Heny E. Gillanders
Photo par Henry Edwin
Dr Alfred C.Paintin
Photo par Alfred Cookman

La fièvre typhoïde est une maladie infectieuse souvent causée par l'ingestion d'eau conta-minée et le malade est contagieux. On prétend que cette épidémie a été causée par la contamination de l'eau potable du village de Mansonville par l'épandage de fertilisants dans les champs de culture situés près du village. L'épidémie dura 6 semaines causant le décès de 21 personnes. Toutefois, n'eût été du courage et dévouement de plusieurs personnes, médecins, infirmières et parents, la fièvre aurait fait des ravages beaucoup plus importants.

Michel Racicot