Le Théâtre Au jour le jour ou le plaisir de la claque

Aimez-vous le théâtre? Avez-vous déjà pensé faire du théâtre? N’auriez-vous jamais rêvé de vous retrouver sur une scène, heureux des applaudissements d’une salle survoltée? Je parie que vous pourriez faire tout aussi bien que l’ex-entraîneur de hockey qui marmonnait le plus célèbre monologue de Shakespeare à la télé en septembre 2007. Je vous jure qu’avec un tout petit peu d’application, n’importe qui arriverait à faire mieux.

De la salle, on devine mal l’immense plaisir qui habite les acteurs sur scène. Devenir quelqu’un d’autre, se métamorphoser, c’est tout un accomplissement. Créer des atmosphères et donner forme à des personnages qui sommeillaient peut-être déjà en nous, c’est sublime. Se surprendre soi-même, se dépasser et étonner son entourage, c’est encore bien mieux. Toutes ces émotions font partie de l’expérience. Faire du théâtre, c’est se réunir à plusieurs pour distribuer du bonheur et en recevoir tout à la fois. Au diable les théories savantes et la catharsis d’Aristote! L’ovation vient récompenser l’effort. Ce sont ces applaudissements qui font carburer. Rien ne flatte l’estime de soi comme une solide claque, comme on dit dans les milieux du théâtre québécois. Quelques applaudissements sonores et bien placés, ça requinque. La claque, c’est la reconnaissance, le remerciement des spectateurs envers la troupe, l’auteur et les artisans qui leur procurent émotion et joie.

Sutton flirte avec le théâtre depuis déjà quelque temps. Le théâtre fait partie de son ingénierie culturelle comme diraient les technocrates du ministère. Qui a oublié la troupe de La Mandragore et sa salle, voisine du bureau de poste? J’y ai vu personnellement des prestations mémorables. Et qui n’a pas entendu parler du Théâtre au jour le jour?

Metteure en scène et directrice artistique depuis toujours, Esther Dallaire traînait sa passion dans ses valises lorsqu’elle s’installa à Sutton, il y a 5 ans. Un beau soir de pleine lune, probablement, elle tira de sa grande malle de saltimbanque patentée la charte du Théâtre au jour le jour. Sa décision était sans appel : elle allait l’adapter à sa nouvelle vie. Mis sur pied en 1982 pour donner aux collégiens un moyen de s’exprimer sur leur réalité, le Théâtre au jour le jour allait désormais permettre à des adultes de monter sur les planches. Parmi eux, aucune vedette ni bête de scène. Rien que des « monsieurs » et « madames » tout le monde désireux de faire du théâtre et de s’amuser. Follement, entre amis. Ils ne connaissaient pas encore la force de la claque. Et ça allait en être toute une.

À ce jour, la troupe a déjà monté huit productions. Celles-ci sont devenues autant de témoignages de la confiance et de l’amitié qu’Esther a su développer avec ses comédiens et avec la population de Sutton. Un grand respect mutuel règne parmi les associés, les partisans, les aficionados. Une nouvelle culture théâtrale voit le jour à Sutton et s’y installe. Pour l’été 2007, Théâtre au jour le jour a produit Parlez-moi d’amour, un collage de différents auteurs dont Jean Anouilh, Marcel Dubé, Élisabeth Bourget, Cervantès, Edmond Rostand. Plus de 15 artistes amateurs ont participé à la création, entremêlant leurs sketches de musique et de poèmes.

N’attendez pas que votre horoscope vous le suggère; venez au théâtre, vous en sortirez grandi. Mieux encore, allez au bout de vous-même et montez sur les planches; vous ne vous en porterez que mieux. Il n’est pas nécessaire de me croire sur parole, venez le constater par vous-même. Le théâtre, c’est la vie!

Ou est-ce plutôt le contraire? Je ne saurais dire.

Michel Guibord