LES OISEAUX ET LE CHOC DES GRANDS FROIDS
Quand j’ai été informée du thème de ce numéro du journal Le Tour, la résilience, j’ai été surprise. J’ai regardé dans mon Larousse la vraie définition et j’ai découvert que « résilience » est une caractéristique mécanique qui définit la résistance aux chocs des matériaux. Alors je me suis demandé quels sont les chocs que subissent nos oiseaux? Il y en a plusieurs : pollution, perte d’habitat, chasse, migration, etc.
Mais, à quel choc nos oiseaux québécois, et particulièrement les passereaux, ont-ils toujours dû résister et survivre? Réponse : Les grands froids nocturnes hivernaux.
On sait que ce n’est pas le froid, mais plutôt la non-disponibilité de la nourriture qui chasse nos oiseaux vers le Sud. Les courageux qui restent doivent quand même réussir à passer au travers de cette saison de froidure québécoise. Comment le font-ils?
J’ai trouvé dans Internet, à ce sujet, un article très intéressant de François Vésina, étudiant universitaire Lauréat 1998 du Concours de vulga-risation scientifique. Je vous en fais un résumé.
Comme nous, les animaux à sang chaud ont des problèmes de « chauffage corporel » durant l’hiver. Pour garder un équilibre thermique, un animal doit compenser ses pertes de chaleur en produisant lui-même sa chaleur, à partir de réactions physiologiques qui en dégagent, mais qui consomment de l’énergie. Cette énergie peut provenir des réserves corporelles ou directement de son alimentation.
En général, plus un animal est petit, plus rapidement il se refroidit. Les passereaux ont donc besoin d’un apport d’énergie très important en hiver. Vous avez d’ailleurs sûrement remarqué que les mésanges qui fréquentent vos mangeoires sont constamment à la recherche de nourriture : beau temps, mauvais temps, du matin au soir. Décidément, dit François Vésina, quand on dit à quelqu’un qu’il mange comme un oiseau, ce n’est vraiment pas un compliment.
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Malheureusement, nos petits oiseaux ne peuvent pas tous miser sur leur réserve de graisse comme les ours. D’une part, la quantité de réserve qu’il est possible d’accumuler est fonction de la taille et, d’autre part, s’ils s’empiffrent et deviennent trop lourds, il leur sera difficile de s’envoler en cas de danger. Ils doivent donc trouver un équilibre acceptable.
On sait que, pour passer l’hiver, de nombreux mammifères accumulent une quantité importante de graisse à l’automne et réduisent les dépenses d’énergie hivernales en hibernant. Chez les oiseaux, la majorité des espèces qui passent l’hiver avec nous fait appel à ce qu’on nomme l ’hypothermie contrôlée.
Tout comme l’hibernation, l’hypothermie est un ralentissement métabolique accompagné d’un refroidissement corporel qui permet d’économiser l’énergie. La grande différence vient du fait qu’un oiseau en hypothermie laisse rarement la température de son corps (normalement 41°C) descendre en dessous de 35°C. L’hypothermie apparaît durant la période de sommeil, donc durant le jeûne, et ne peut durer que quelques heures. Mais attention, réduire le métabolisme implique un ralentissement des réactions physiologiques et, par conséquent, de la vitesse de contraction musculaire. Il existe un seuil en dessous duquel le frissonnement, qui permet aux oiseaux de se réchauffer au matin, ne produit pas assez de chaleur pour rétablir la température corporelle normale et, la situation entraîne la mort.
Heureusement, les oiseaux ont aussi d’autres solutions pour mieux passer l’hiver, nous dit François Vésina. La plupart d’entre eux choisissent un endroit protégé à l’abri du vent pour dormir la nuit. Chez certaines espèces, les individus se regroupent et se collent les uns aux autres pour diminuer la perte de chaleur. La Gélinotte huppée s’enfouit dans la neige, un isolant naturel.
Et naturellement, les mangeoires et le gras que vous leur offrez facilitent leur vie et augmentent leurs chances de survie quand l’hiver est rude. N’oubliez pas de les remplir...
Ghislaine Delisle
Pour le Club des Ornithologues de Brome-Missisquoi