On me l’a dit

Cet été (2007), je me suis exilée dans le Nord du Québec, le temps de faire la rencontre de la forêt boréale et de la communauté Cri. J’avais depuis toujours eu soif de découvrir cette contrée lointaine et sa culture amérindienne, question d’enfin mettre un visage sur cette communauté que nous connaissons encore trop peu.

L’occasion était parfaite : je devais travailler pendant un mois dans un camp de pêche situé à mi-chemin entre le village de Mistissini et la baie James, en pleine nature, avec une horde d’hommes composée en majeure partie de guides pêcheurs Cris. C’est ainsi que j’ai découvert un coin de pays encore sauvage qui n’en finit pas de s’étendre dans ce qui semble être l’infini. Un pays où on peut se perdre sur une rivière (la Rupert) qui n’arrête pas de se diviser et d’enlacer des millions d’îles qui se ressemblent toutes. Un pays coiffé d’une épaisse chevelure noire de conifères parsemée, ici et là, de bouleaux blancs. Un pays aussi d’îles désertes, ravagées par le feu où poussent désormais des milliers de bleuets et d’épilobes résilients.

Ces îles sans nom, les Cris les connaissent intimement. Ils savent exactement ce que chacune d’entre elles a à offrir : refuge, portage, bleuets, chevreuils, etc. Cette immensité aux allures sauvages est leur terrain de jeu. Ils connaissent aussi par cœur la rivière et savent où abonde le brochet, la truite ou le doré et où se trouvent les roches à fleur d’eau. Quand vous leur demandez comment ils savent qu’il y a une roche à un endroit précis, ils vous répondent tout simplement : « C’est mon père qui me l’a dit! ».

À force de m’intéresser à leur langue et à leur culture, j’ai appris à compter en Cri, à dire bonjour et à nommer tout ce qui m’entourait. J’ai même hérité de quelques noms affectueux et mangé du porc-épic. Malgré un travail ardu et accaparant, j’ai pris le temps de cueillir des bleuets à m’en bleuir les mains, de pêcher un brochet, d’arranger la truite. J’ai aussi frotté mes ongles ensemble pour faire venir des aurores boréales et j’ai écouté des pêcheurs me raconter leurs traditions, leurs cérémonies, l’histoire de leur famille ou de leur vie. Ce fut des moments très touchants.

Ce voyage m’a permis de comprendre un peu plus la culture amérindienne, mais surtout, il m’a permis de comprendre l’importance de la transmission du savoir. Dans le Nord comme ici, nous avons tendance à négliger nos aînés qui ont pourtant tant de choses à nous apprendre et à nous raconter. C’est pourtant en écoutant leurs histoires qu’on finit par en connaître davantage sur qui nous sommes et d’où nous venons. Si vous n’avez pas encore lu les cahiers d’histoire publiés par Héritage Sutton, je vous encourage fortement à vous y plonger. Vous aurez par la suite, comme les Amérindiens, un regard plus pénétrant sur tout ce qui vous entoure.

Geneviève Hébert