Rebondir…Rebondir…Rebondir…Rebondir…

par Serge Gagné

Lorsqu’on parle de résilience, on parle nécessairement de la faculté de rebondissement. D’encaissement et de rebondissement, en fait. Car on ne peut rebondir que si l’on a d’abord encaissé, c’est-à-dire, bien absorbé un coup. C’est précisément cette force adverse, accumulée temporairement, emmagasinée, qui imprimera le ressort suffisant aux prochains rebondissements.

C’est là en tout cas ce qu’a voulu signifier le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, dans Un merveilleux malheur, publié en 1999. Cet ouvrage, en effet, se résume à peu près à cela : les épreuves subies tout au long de nos vies ont justement pour effet de nous aguerrir, de nous aider à rétablir nos trajectoires. Or, les esprits chagrins ne se rendent pas toujours compte de cette réalité.

Plus récemment, en octobre 2006, le même docteur Cyrulnik a publié De Chair et d’Âme. Le cri de l’âme du précédent livre s’y fait beaucoup plus structuré, un peu comme si le premier avait servi d’introduction au second. Le titre de chaque chapitre constitue à lui seul un sujet de réflexion : I Les douillets affectifs, II Formule chimi-que du bonheur, III Les deux inconscients, IV Le souci de l’autre, V Mariage de l’histoire et du cerveau.

Dès l’introduction, De Chair et d’Âme pose la question : « Existe-t-il un gène de la résilience? » Puis constate : « Une rencontre affective, un simple mot ou un circuitage de neurones tracé lors des petites années, peut nous faire passer du bonheur au malheur. »

En plus de l’inconscient psycho-logique [freudien], il existe « un autre inconscient, biologique celui-là » : les deux agissent « de manière conflictuelle, comme deux chevaux qui tirent un même attelage dans des directions opposées. »

« Sans la présence d’un autre, nous ne pouvons pas devenir nous-mêmes… Pour devenir intelligents, nous devons être aimés… Sans attachement, pas d’empathie. » Au stade de la vieillesse, « la représentation du temps se dilate… les âgés se préoccupent de l’infini et redécouvrent Dieu dont ils font une base de sécurité. »

Au cœur de l’ouvrage, à chacun des chapitres, les détails supplémentaires abondent : « Un enfant biologiquement vulnérable peut s’épanouir dans un milieu où un invulnérable sera très malheureux. » Alors, « faut-il soigner les enfants sages ? » Y a-t-il une formule chimique du bonheur? « La neurologie suggère que c’est souvent notre manière de percevoir le monde qui lui donne un goût de bonheur ou de malheur. » Pourrait-on vivre sans musique? « Les âgés, grâce aux chansons, retrouvent le plaisir et l’identité de la jeunesse. »

On le voit, les constatations du spécialiste sont nombreuses. Au point qu’il est presque impossible d’en faire la synthèse. Retenons donc aussi, finalement, sa propre conclusion : “ Un homme [une femme] sans âme n’est pas plus concevable qu’une âme sans homme [sans femme]. »