La résilience, seul antidote connu à la « victimite »

Qu’est-ce qui peut bien empêcher un être de rebondir à la suite d’un drame vécu alors qu’un autre embrassera de nouveaux horizons à partir de la même situation? Pourquoi voit-on des individus accomplir des choses extraordinaires à partir d’une situation de vie dans laquelle ils se retrouvent diminués, tandis que d’autres s’enfonceront davantage?

N’avons-nous pas été les témoins privilégiés d’expériences exceptionnelles vécues par des personnes à qui nous pouvons nous identifier, ou par des personnes dont le nom est passé à l’Histoire?

Dans le domaine politique, que l’on pense à Nelson Mandela, emprisonné durant 28 ans avant de se voir décerner le prix Nobel de la paix en 1993, qui est devenu l’année suivante le président de l’Afrique du Sud. Plus près de nous, à Robert Bourassa qui après avoir subi la défaite la plus humiliante de l’histoire politique du Québec, s’exile en Europe pour mieux revenir à la barre des affaires du Québec de 1985 à 1992.

Au niveau historique, que l’on pense à la déportation des Acadiens en 1755, lesquels sont non seulement revenus en force et en nombre, mais qui a également eu pour résultat que l’Acadie d’aujourd’hui n’a plus de frontières.

Au plan international, l’holocauste constitue indéniablement l’une des plus grandes tragédies de notre ère. Nombreux sont les survivants qui ont émergé de ce cauchemar encore plus forts et qui, par la suite, ont occupé des fonctions honorables ou connu des succès éclatants.

Plus près de nous, que dire d’André Viger, un être en apparence comme vous et moi, mais qu’un accident de la route privera de l’usage de ses deux jambes alors qu’il n’a que 20 ans, un âge où la vie et toutes ses possibilités s’offrent à nous. Malgré son lourd handicap, il est sacré champion du marathon des Jeux de Séoul, en 1988. Quatre ans plus tard, l’athlète de 40 ans termine les Jeux de Barcelone avec trois médailles en poche.

À vie, ce ne sont rien de moins que 24 médailles d’or ou championnats, 4 médailles d’argent ainsi qu’une médaille de bronze que raflera André Viger, en plus d’avoir innové en étant l’un des premiers à utiliser un tout nouveau fauteuil de compétition à trois troues et d’avoir fondé une entreprise de détail dans le secteur des équipements et technologies offerts aux personnes à mobilité réduite.

Enfin, Terry Fox à qui l’on diagnostique un cancer des os, lequel aboutit à l’amputation de sa jambe droite alors qu’il n’a que 18 ans. Plutôt que de rester bien tranquillement chez lui, Terry Fox entreprend la traversée du Canada sur une seule jambe et la fondation qui lui survit a recueilli à ce jour la somme faramineuse de 400 millions de dollars, affectée à la recherche sur le cancer. Et ça continue…

Accepter un drame vécu comme un passage obligé vers une vie meilleure n’a de sens que pour celui qui voit au-delà de ce qui est visible à l’œil nu.

Entre un individu qui se donne l’élan pour rebondir à la suite d’une tragédie ou d’un drame de vie, et celui qui demeure figé et qui voit son existence réduite à néant, où se situe la barrière?

Elle se résume fondamentalement à deux éléments incontournables, soit le degré d’estime et de confiance en soi de l’individu avant que ne survienne l’évènement dramatique, ainsi qu’une acceptation de l’état de fait et d’une nouvelle vie à explorer.

L’acceptation de cette nouvelle condition est un pré requis qui nous permet de nous voir tel que l’on est, de nous affranchir des causes extérieures ayant mené au drame que nous avons vécu et enfin de nous convaincre que nous devons emprunter ce nouveau chemin qui est désormais le nôtre et celui de personne d’autre. C’est seulement dans cet étatd’esprit que nous pourrons donner une nouvelle signification à notre existence.

Si nous avons cette estime de soi et que nous acceptons la condition qu’a engendrée le drame, nous pouvons nous aussi devenir des Nelson Mandela, André Viger, Terry Fox, Robert Bourassa et autres grands de ce monde.

La résilience est le seul antidote connu à la « victi-mite » et au repli sur sa condition, lot de celui qui n’aura comme seul réflexe que de blâmer la vie et autrui pour les malheurs qui l’affligent. Celui-là vient de mettre un terme à son existence et ne fera que récriminer jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Pour les autres, c’est-à-dire nous, qui avons la chance de passer à travers une vie sans drame personnel ni tragédie, notre mission de vie consiste à aider ceux-là. Ignorer leur condition ferait de nous des zombies.

Christian Ruby

christian_ruby@yahoo.ca