La résilience de la nature

Rien à faire! Ni l’agriculture, ni le feu, ni la coupe forestière ne viendront à bout de notre patrimoine naturel. C’est connu : la végétation qui pousse naturellement dans une écorégion finira tôt ou tard par recoloniser des milieux perturbés, même s’ils ont subi de sérieux traumatismes. N’est-ce pas là une constatation des plus rassurantes? Ce phénomène se nomme la résilience écologique. Il s’agit de la capacité d’un écosystème à retrouver un équilibre naturel à la suite d’une perturbation. Il implique que tant et aussi longtemps que nos milieux naturels ne seront pas remplacés par du béton, il y aura espoir de voir resurgir les espèces végétales typiques des Appalaches, même aux endroits où l’homme a dramatiquement modifié le paysage. Vous n’avez qu’à penser aux monts Sutton qui ont subi plusieurs coupes forestières durant le dernier siècle. Ils sont aujourd’hui protégés en grande partie et les cicatrices laissées par l’exploitation forestière disparaissent peu à peu.

Restons toutefois lucides : la résilience de la nature face à une perturbation demeure précaire. Dépendamment du degré de dégradation d’un écosystème, il prendra 10, 100 ou 1 000 ans avant qu’il ne recouvre un équilibre naturel. C’est en adoptant des pratiques durables d’utilisation des ressources et des milieux naturels que nous facilitons leur capacité à se régénérer ou à se maintenir. Par exemple, une forêt coupée à blanc ne représente pas un équilibre entre l’utilisation durable des ressources et le maintien des fonctions écologiques. La résilience du milieu sera beaucoup plus rapide si le forestier évite de couper dans les sections fragiles du boisé. Encore mieux s’il privilégie la coupe sélective en tenant compte de la présence d’écosystèmes exceptionnels et des milieux riches en abris ou en nourriture pour la faune.

Zone privilégiée en regénération

Vous vous en serez doutés, les organismes de conservation sont très sensibles au concept de préservation des milieux riches en biodiversité. Mais ils ne sont pas les seuls! Plusieurs producteurs forestiers de la région -et peut-être même la plupart- sont de véritables amoureux de la nature et de la forêt. Il en va de même pour les villégiateurs et pour un nombre grandissant de développeurs immobiliers et d’élus municipaux. Comment donc peuvent-ils concilier l’utilisation et la préservation des ressources naturelles?

L’ACA a développé un outil des plus intéressants pour ceux qui ont à coeur de préserver à jamais une parcelle de notre patrimoine naturel : le plan de conservation et de gestion. Les propriétaires qui désirent faire une utilisation durable des ressources naturelles font appel aux services des biologistes de l’ACA qui effectueront un inventaire écologique de la propriété en mire. Après une visite de la propriété, l’équipe de l’ACA réalisera une carte montrant les sites les plus fragiles, comme les milieux humides, les pentes fortes, les sommets et les habitats des espèces menacées. Ils présenteront également aux propriétaires des recommandations pour assurer le maintien à perpétuité de ces sites. Pour donner un autre exemple, un développeur qui fait faire une évaluation écologique de son terrain avant de le construire pourrait découvrir qu’il s’y trouve un milieu humide et un corridor naturel utilisé par la faune. Dans sa planification, il sera outillé pour éviter de drainer un milieu humide et plutôt choisir de le protéger. Du coup, il maintient l’écosystème et ses fonctions tout en assurant la sécurité des futurs habitants. S’il prévoit conserver le corridor naturel pour la faune, l’impact négatif de la construction se fera moins ressentir au niveau de la biodiversité. En outre, les milieux naturels environnants réagiront mieux aux perturbations créées par un développement si les fonctions écologiques sont maintenues. Un propriétaire qui utilise les ressources de son terrain de façon durable, tout en protégeant certaines parcelles de celui-ci, facilite la résilience de la nature.

La nature a une force de résilience incommensurable. Par contre, l’homme a réussi à la déjouer en modifiant de façon drastique son milieu de vie. Dans une ère où la nature semble vouloir reprendre le dessus (pensez aux inondations, aux changements climatiques, aux maladies transmises par les animaux, etc.), souhaitons que l’homme saura travailler en collaboration avec elle pour une résilience plus en douceur.

Mélanie Lelièvre s'est familiarisée à la gestion du Corridor appalachien (ACA), a étudié les projets de conservation, a rencontré les acteurs locaux et régionaux et s'est appropriée la mission de l'organisme. Désormais, elle reprend les rennes de la direction de l'ACA, un poste qui était jusqu'à maintenant occupé par Francine Hone, membre fondatrice de l'organisme.

 

Jacinthe Caron

Corridor appalachien