Les fous solidaires.
Suivant la définition des stoïciens, la sagesse consiste à prendre la raison pour guide; la folie, au contraire, à obéir à ses passions; mais pour que la vie des hommes ne soit pas tout à fait triste et maussade, Jupiter leur a donné bien plus de passions que de raison
Erasme : Éloge de la Folie
Quel soulagement dans cette autre folie qu'est l'effort humain de tout vouloir ordonner, endiguer, embellir, dominer mais parfois aussi massacrer. Quel plaisir que de se promener dans les rues, en pyjamas, coiffé d'un entonnoir voire même d'un tamis de cuisine, qu'importe. Il y a avoir l'air fou et vouloir être fou.
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Lâche ton fou dit-on. Oui, mais le pense-t-on vraiment. J'observais les automobilistes ralentis lors de la parade le samedi de la « Vente sans trottoirs » à Sutton, se demandant s'il s'agissait d'une autre grève, qui sans nul doute, allait gâcher leurs vacances.
Fou, fou, fou, solidarité scandait le monde. De quoi faire peur, non?
Le lâcher-prise est roi. Madame Zazou (Pour n'en nommer qu'une) se maquille dans les rétroviseurs, monsieur à l'air pincé mais la compagne, à ses cotés, pouffe de rire. Quand aux autres clowns de la rue ils s'affairent à dérider les marcheurs.
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Une autre clownesque dirige avec une sérieuse folie la circulation. Les enfants se demandent ce qu'on leur vole. Ils sont tout à coup désorientés. Ces parents, ces étrangers, qu'ils ne voient pas si souvent se divertir, les inquiètent.
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Le monde va-t-il soudainement changer?
Sans aucun doute, Sutton, lui, change!
Je songe soudain à cette petite ville de Belgique, nommée Binche, où une fois l'an il y a une parade. Une kermesse de gens, adultes et enfants, vêtus de camaïeux de soie multicolores et portant sur la tête de hauts chapeaux fait de plumes d'autruche. Ils jettent aux spectateurs des volées d'oranges. La bière coule à flot, en pleine rue! Une tradition plus que centenaire héritée de la « Joyeuse entrée » des souverains espagnols, qui ont occupé la Belgique durant trois cent ans. Ici, le 28 juillet, en arrière plan flotte le drapeau Suisse.
Oui, Sutton change. Sutton vibre, s'embellit; et je me prends soudainement à penser qu'il faudrait peut-être laisser la rue Principale non pavée. Car depuis les grands travaux (enfouisssement des fils), la convivialité règne. La rue, aussi malcommode puisse-t-elle être par instants, appartient enfin aux gens. On marche en se foutant un peu des automobiles et de leurs occupants prisonniers de ces boîtes de métal bruyantes et malodorantes(or je ne parle pas des camions chargés à bloc de troncs d'arbres) et des voitures au tuyaux d'échappement modifiés ou simplement rouillés qui se pensent sur une piste de course.
Il me vient une idée… Rien de bien nouveau, mais pourquoi ne pas installer plusieurs dos d'ânes, entre les passage à niveau! Voilà ce qui forcerait un ralentissement de la circulation plus efficace qu'une présence policière, en ce sens, rare. La vie de village y gagnerait.