Après la pluie… les algues bleues…

À moins que l’on gère l’eau de ruissellement à la source!

Combien de lacs et de rivières aux prises avec des problèmes d’algues bleues suffiront-t-ils pour que tous se mobilisent et agissent significativement et de façon plus intégrée en terme de gestion à la source des eaux de ruissellement?

La pluie amène tout sur son passage

Depuis les dernières années, la fréquence des pluies intenses augmente à cause des changements climatiques. Les forêts sont remplacées soit par les surfaces imperméables des centres urbains (béton, asphalte, toits...), soit par des champs où l’eau de pluie est drainée le plus vite possible pour permettre de semer et récolter plus rapidement et abondamment. La végétation aux abords des rives, aussi appelée la bande riveraine, est éliminée dans le même but. Pourtant, elle est reconnue pour ses vertus de filtration et d’infiltration des matières organiques et des sédiments contenus dans l’eau de ruissellement. Le résultat : une diminution de l’infiltration de l’eau dans le sol et une augmentation du volume d’eau qui ruisselle.

Ce « ruissellement » au volume d’eau plus important entraîne vers les cours d’eau des polluants: des fertilisants (même les plus écologiques), des engrais chimiques, des pesticides, des sels, des hydrocarbures, des métaux lourds, ainsi que le phosphore, le grand coupable de la prolifération des algues bleues. Le volume d’eau ruisselé étant plus important, il se produit beaucoup plus d’érosion des abords de fossé et des terres causant aussi un plus grand apport de sédiments. Cette potion est souvent plus toxique que les eaux usées des égouts sanitaires non traités!

Urgence de rattraper notre retard par une gestion intégrée et à la source…

En tant que consultante et formatrice ayant fait des recherches dans le domaine de la gestion à la source des eaux pluviales en Amérique du Nord et ailleurs en Europe, je constate un certain retard au Québec. Le lien entre la qualité de l’eau et l’aménagement d’un terrain résidentiel ou commercial et le ruissellement est encore peu connu. En Ontario et en Colombie-Britannique, les nouveaux développements doivent suivre une réglementation beaucoup plus stricte en terme de réduction du volume d’eau de ruissellement. Ces provinces ont mis sur pied des incitatifs tels que des subventions pour des barils de pluie (Vancouver et Toronto) ou encore la promotion de meilleures pratiques décrites dans des guides de gestion des eaux pluviales. Le premier guide de gestion des eaux de ruissellement de l’Ontario Stormwater Management Practices Planning and Design Manual a été publié en 1994 , alors que celui du Québec est attendu en 2008...

Pente-poisson
Urne-soleil

Une gestion intégrée des eaux de ruissellement nécessite un changement d’approche. Celle-ci intègre les aspects politiques, scientifiques et d’aménagement d’un site pour réduire les impacts du ruissellement. Elle s’établit à différentes échelles : un terrain, un quartier, un sous-bassin versant ou un bassin versant. Une approche intégrée fait appel à une hiérarchie de méthodes pour mieux gérer les eaux de ruissellement. La gestion dite à la source est la première de cette hiérarchie à mettre en application, car elle gère l’eau dès qu’elle tombe au sol.

Une gestion à la source gère l’eau de pluie dès qu’elle tombe au sol.

Elle met l’accent sur des pratiques et des techniques d’aménagement qui peuvent réduire, ralentir et traiter les eaux de ruissellement : un sol absorbant, un jardin pluvial, la biorétention ou encore des aménagements devenant des infrastructures vertes où les polluants sont captés avant d’atteindre les plans d’eau. Une meilleure planification urbaine fait aussi partie d’une gestion à la source. On parle, par exemple, de la réduction des surfaces imperméables (diminution de la largeur des rues, des aires de stationnement, etc.) et de la préservation des aires boisées et des zones humides qui filtrent naturellement les eaux de ruissellement.

Chaque citoyen peut participer à la gestion à la source 

- Diminuer le volume d’eau de ruissellement sur son terrain avec un baril de pluie pour récupérer l’eau du toit avant qu’elle n’atteigne l’égout pluvial.

- Freiner le ruissellement et reproduire les processus naturels d’infiltration et de filtration de l’eau par l’aménagement de jardin de pluie et de bande riveraine le long des cours d’eau.

L’effort de chacun de nous pour réduire l’eau de ruissellement à la source contribuera à l’amélioration de la qualité de nos plans d’eau. La création d’incitatifs et de lignes directrices pour les nouveaux développements, la conception d’infrastructures vertes, l’éducation des citoyens et des professionnels impliqués en aménagement représentent des exemples de contribution dans ce sens. Cet été, vous pouvez voir des modèles concrets de meilleures pratiques de gestion de l’eau de ruissellement dans un jardin de démonstration intitulé Si L’Eau, au Vieux Port de Montréal jusqu’au 3 septembre dans le cadre de l’International Flora Montréal.

Nathalie Bédard

Membre de l’association des architectes paysagistes du Québec
Maîtrise en gestion et environnement