La musique de tradition vivante d’ici émerge des joies et des peines du monde d’ici. Ses racines puisant dans des réservoirs culturels multiples, elle offre un répertoire immense transmis depuis des siècles. Cette mémoire se transforme constamment au gré de la transmission orale, s’enrichissant de nouveaux airs au passage.
Au son d’instruments acoustiques comme la flûte, la guitare ou le violon, et rythmée du jeu des cuillers, des os ou du tape-pied, elle enveloppe de chaleur et de familiarité les fêtes familiales et événements de la communauté. De plus, elle propose aux enfants comme aux adultes qui veulent intégrer la pratique d’un instrument dans leur vie, une superbe voie d’apprentissage pour le développement de l’oreille, de la confiance en soi et de l’intuition, du rythme et de la créativité, avec en plus le plaisir de jouer.
La musique traditionnelle vivante est ancrée dans le présent. Sans chercher à faire revivre le soi-disant bon vieux temps, elle en retient, maintenant, ce qui est utile pour répondre aux besoins du coeur. On y perçoit la profondeur de la simplicité et la vigueur crépitante issue de son affiliation à la danse. C’est une musique métissée, une musique à tout le monde, parce qu’elle vit et évolue dans le coeur du monde, de génération en génération, d’une culture à l’autre. Elle demeure vivante parce qu’elle est aimée et donc jouée, et ainsi transmise de bouche à oreille, dans le coeur du monde.
Parole de raconteuse
« Ben oui, c’est vrai, c’est pas juste une histoire pour faire beau, la musique dans le coeur du monde. C’est vrai de vrai, une raconteuse ça ment jamais. Ça se passe de même :
Quand elle entend un air nouveau, (une toune, on dit), l’oreille de la violoneuse se tâte. Elle laisse résonner, pour voir. Voir ce que ça fait en dedans. Si ça se met à résonner, c’est la sympathie. La sympathie c’est : moi aussi je vibre, c’est : moi aussi je chante dans cette toune. Alors, elle laisse entrer plus profond. Vous savez, anatomiquement parlant, le coeur se trouve juste après l’oreille. Oui oui. Quand la violoneuse a une toune dans l’oreille, ça débouche direct sur le coeur. Alors ce grand tambour écarlate qui bat dans le secret de la poitrine, ça te malaxe une toune que ça prend pas de temps. Irriguée, nourrie de sang, réchauffée à même le grand feu de la vie, la toune s’intègre à la mémoire. Parce que question science, si vous étiez pas au courant, c’est là que ça se passe la mémoire des tounes, au coeur du coeur. Une toune peut rester dans la mémoire des années et des années ou émerger tout de suite, ça dépend des tounes, ça dépend du temps. Ça la mémoire c’est spécial aussi, ça puise dans des nappes phréatiques entre les gens, comme les puits. Mais c’est une autre histoire... Faqu’une fois que la turlutte est prête à rejaillir, elle va ressortir de là toute colorée d’avoir traversé les filtres de la violoneuse : son accent, son ton, la longueur de ses doigts, sa peine, sa joie, sans oublier les trous de mémoire repatchés d’invention, tout ça vient gonfler la toune d’une vie nouvelle. La violoneuse joue sa toune, les yeux mi-clos.
C’est de même que ça se passe, la musique vivante. C’est vrai de vrai, une raconteuse ça ment jamais. »
Marie-Clothilde BenoitNDLR : Marie-Clothilde Benoit anime (2007) dans la région des veillées au son de son violon vivant, accompagnée à la guitare et à la flûte par Willy leMaistre, ou se présente en trio avec ce dernier et le multi-instrumentiste Daniel Haché dans le groupe Grand respir. Elle raconte des histoires vraies de vraies et enseigne le violon traditionnel aux petits et aux grands.
Info : 450 538-0128
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