La première richesse de Sutton : sa nature
Serge GagnéAu commencement était le Canton (1802), puis s’en détachèrent le Village de Sutton (1896) et celui d’Abercorn (1929). Récemment, le 26 juin 2002, Québec décréta le regroupement des deux premières municipalités, Abercorn continuant de rester en marge. On comprendra que tout cela n’est pas le résultat de coups de dés. La suite des événements devra évidemment nous intéresser au plus haut point. Mais laissons Abercorn tracer son propre avenir.
Depuis le 4 juillet 2002, jour de l’entrée en vigueur du décret, deux élections municipales ont eu lieu: les 3 novembre 2002 et 6 novembre 2005. De 2002 à 2005, le nouveau conseil compta un seul membre du village et, de 2005 à 2009, le plus récent en aura eu quatre. Et puis après? Justement, et puis après?
Et puis après, il est de la plus haute importance de penser, dans les faits, autrement qu’en termes de village et de canton (ou campagne). La dynamique de Sutton doit se manifester à l’échelle du territoire tout entier, et non en dualité. L’ancien canton a géré presque à lui seul les trois premières années de la fusion. Que les quatre suivantes le soient par une forte majorité villageoise est aussi symptomatique. La polarisation village-canton pourrait s’avérer dangereuse. Il faudra en reparler.
Cinq années d’expérience (2002-2007) nous permettent et nous obligent à tirer immédiatement d’autres leçons du regroupement, avant qu’il ne soit trop tard.
La première richesse de Sutton a toujours été sa nature, mais cette richesse présente des visages changeants, selon les époques : agriculture, exploitation forestière, mines de cuivre, manufactures diverses, industrie laitière, ski. En parallèle : commerces de services, soins de santé, loisirs d’été, sentiers de montagne, bicyclette, tourisme, villégiature, arts visuels, arts de la scène, activités du troisième âge, etc.
Les attraits de Sutton se sont grandement diversifiés et c’est tant mieux. Précisément pour cette raison, il faut redoubler d’imagination et de vigilance. Nous ne sommes plus à l’ère où l’on se partage le gâteau à qui mieux mieux, croyant qu’il y aura toujours de la place pour de nouveaux fantasmes, économiques ou autres.
Quand on parle de développement, il faut dorénavant, et à tout prix, entrevoir un développement durable, c’est-à-dire, qui ne compromette plus l’avenir. Bien que les erreurs de bonne foi soient toujours inévitables, il faut cesser de penser dur comme fer en termes de droits acquis. Les droits de propriété s’accompagnent de devoirs. Il n’existe pas de droits acquis en circulation routière ou aérienne, en santé, en éducation ou en pollution. Pourquoi y en aurait-il en protection de l’environnement, en développement domiciliaire, en urbanisme?
Il faudra, en effet, nous habituer à ce que de plus en plus d’organismes se portent à la défense de nos massifs montagneux, de nos forêts, de nos bassins versants (Missisquoi, Yamaska, Sutton), de notre faune, de notre flore, de l’agriculture, de nos paysages et des projets visant à protéger d’importantes portions de notre territoire. Sutton est une destination québécoise et canadienne unique, comme Frelighsburg, comme Dunham, etc. Gare aux vendeurs du temple, d’ici ou d’ailleurs. Restons vigilants!