Conscience et société : la relation directe

Nous avons le privilège de vivre dans une partie du globe où, de façon générale, notre sécurité est assurée, notre droit de parole reconnu et nos salaires situés dans le premier quartile (lorsque comparés au reste de la planète). De plus, nos soins de santé et d'éducation sont accessibles à tous, sans égard à notre niveau de richesse ou de pauvreté.

Nous avons un accès facile au crédit, nous côtoyons les automatismes et la facilité tous les jours, que ce soit télécommande pour ceci ou technologie pour cela. Le monde et ses mystères sont à notre portée par le biais de la magie de l'Internet.

Les gestes que nous posons quotidiennement sont effectués de façon si automatique que nous ne nous rendons même plus compte de la facilité qu'est la nôtre pour une foule de choses, devenues des plus banales. Gestes anodins pour nous, ils représentent pourtant une difficulté de tous les jours pour des millions de personnes de par le monde. Pensons seulement, alors que nous sommes sous la douche, à ces femmes qui dans plusieurs pays, portent la lourde responsabilité de marcher tous les jours des dizaines de kilomètres pour aller chercher de l'eau, souvent d'une couleur douteuse.

Cette ère de facilité dans laquelle sont nées les deux dernières générations nous aurait-elle endormis au point de nous déresponsabiliser et de nous laisser croire que tout nous était dû? Historiquement, notre société a longtemps été sous la domination de l'Église, laquelle a été remplacée, par la suite, par une succession de gouvernements paternalistes à notre endroit. La première nous a fait grandir dans la peur tandis que les seconds, en s'immisçant toujours plus dans notre quotidien, ont contribué à faire croire à tort, à plusieurs d'entre nous, que nous n'avions pas à nous responsabiliser, l'État étant là pour prendre soin de nous. Et nous en avons redemandé.

À l'instar des entreprises qui ont troqué leur vision à long terme, d'il y a trente ou quarante ans, pour une course aux profits trimestriels exigés par leurs actionnaires et amplifiée par la pression des analystes financiers, nous avons troqué notre vision d'une meilleure société à long terme pour obtenir tout, tout de suite, et bien sûr, sans vouloir en payer le prix réel. Gels de scolarité pour tous, sans égard aux ressources financières de chacun; une électricité si bon marché qu'elle encourage le gaspillage en même temps qu'une inconscience de ce qu'il en coûte pour la produire et de ce que nous pourrions faire d'autre avec les profits découlant d'une offre reflétant la valeur du marché.

La solution aux problèmes chroniques de sous financement des secteurs névralgiques de notre société exige une vision à long terme qui transcende les termes de nos gouvernements et les générations qui se succèdent. Ne devrions-nous pas cesser de nous croire riches et plutôt chercher à créer la richesse avant de vouloir la répartir? Au hockey, on entend souvent l'entraîneur déclarer, lorsque son équipe ne produit pas de résultats, qu'il lui faut revenir à la base. N'est-ce pas ce dont nous avons cruellement besoin comme société, soit de revenir à la base? Cette base se définit par l'élévation de notre niveau de conscience par rapport à la société dans laquelle nous évoluons et par les gestes que nous posons individuellement au quotidien. Par l'inscription également d'une toute nouvelle culture de société qui passe par l'enseignement dès le tout jeune âge et par la suite, à chaque stade de croissance d'un futur citoyen. Ainsi, celui-ci évoluera dans une société prospère et respectueuse, selon qu'il aura lui-même contribué à sa richesse et la respectera, plutôt que de croire que tout lui est dû.

Pourquoi un vélo laissé plus de quelques minutes sans protection ni surveillance disparaît-il inévitablement? Il existe pourtant plusieurs sociétés au monde dans lesquelles le respect d'autrui et de ce qui ne nous appartient pas rend de telles situations presque inexistantes. Pourquoi tant de transactions sont-elles le produit du travail «  au noir » alors qu'on exige toujours plus d'argent de nos gouvernements, par conséquent de nous-mêmes?

Nous n'avons pas encore compris, comme société, que tant que nous n'aurons pas érigé en système la philosophie du respect dans son sens large et à tous égards, nous continuerons à nous voler nous-mêmes et nous perpétuerons le cercle vicieux du sous financement pour tout ce que nous continuerons, bien sûr, d'exiger.

Songeons-nous, individuellement à l'impact de chaque geste que nous posons? Dans notre tête au préalable, multiplions celui-ci par cent ou par mille et imaginons le résultat. La réponse aux conséquences d'un tel geste devrait nous dicter la suite des choses.