LA VIE EST SI FRAGILE…

Écologique autant qu'économique, la marche à pied devient un mode de transport de plus en plus couru : c'est bon pour la santé, ça facilite les rencontres, ça aide les villes à se décongestionner et ça donne un petit répit à la planète.

Histoire de réduire à la source coûts de santé et gaz à effet de serre, certains commencent donc à repenser nos villes et villages de façon à faciliter la vie des piétons, cyclistes et autres adeptes du « transport actif ». Mais dans un contexte où la voiture prend toute la place, ça implique de changer pas mal de choses dans le paysage, à commencer par le rapport de force entre les différents usagers de la rue.

Faciliter la circulation piétoniière
...ou rentrer les trottoirs la nuit

Frappé à une vitesse d'impact de 30 km/h, un piéton a plus de quatre chances sur cinq de s'en sortir. À 50 km/h, c'est moins d'une chance sur quatre. À 70 km/h, moins d'une chance sur dix. La plupart des gens l'ignorent et ne respectent pas la limite en vigueur. Les accidents sont donc plus souvent mortels en milieu rural, les gens y roulant plus vite.

Avec quatre auto-patrouilles pour desservir un territoire de 1 550 kms2 , notre belle région ne peut guère compter sur la police pour contrôler les chauffards. Plusieurs mesures d'aménagement ont donc été prises au cours des dernières années par des municipalités soucieuses de civiliser leurs rues, notamment à Bolton-Centre (sur une rue principale/route provinciale, en partenariat avec le ministère des Transports), Brigham (sur un chemin rural), Stanbridge-East et East-Farnham (au cœur de village).

Les dos d'âne préfabriqués , ou speed-bumps, semblent être les mesures privilégiées. Efficaces et pas chers, ils semblent cependant poser certains problèmes, dont les comportements rageurs et le vandalisme de certains chauffards, l'inadaptation aux contraintes de déneigement, le bruit et le ralentissement potentiel des services d'urgence. Les speed-tables (ou ralentisseurs trapézoïdaux) construits sur place, sont plus chers, mais plus civilisés. On peut aussi leur donner un profil sinusoïdal pour permettre le déneigement… ou opter pour d'autres mesures d'apaisement de la circulation.

Piste cyclable et piétonnière à Sutton

Aux États-Unis et en Europe, le traffic calming fait l'objet de stratégies nationales qui se traduisent sur le terrain par des aménagements contrôlant physiquement la vitesse de pointe des véhicules, sans pour autant ralentir le trafic.

Le « traffic calming » repose sur 3 grands principes:

•  Les rues ne sont pas uniquement réservées aux automobiles  : elles ont aussi un rôle social important.

•  Les résidents ont des droits , dont celui à un environnement de la meilleure qualité possible en termes de sécurité, de pollution, de bruit et de convivialité.

•  Une bonne rue est celle qui permet de maximiser la mobilité (des personnes et des véhicules, automobiles ou non) tout en minimisant les coûts (environnementaux, sociaux, et économiques).

Le « traffic calming » se traduit par une démarche collective débouchant généralement sur de la sensibilisation, sur du contrôle actif (élargissements de trottoirs, ronds-points, dos d'âne ou bandes de pavage rainurées) ou sur du contrôle passif (signalisation ou réglementation). Efficaces même en l'absence de tout contrôle policier, les mesures « actives » sont généralement privilégiées. Mais elles doivent impérativement être adaptées au climat et à la culture locale.

Au Québec, les piétons semblent plutôt absents de l'écran radar du ministère des Transports qui donne du fil à retordre aux élus locaux quand les routes provinciales se font rues principales. Dans ce cas, le ministère finance parfois l'asphalte municipal, mais pas les trottoirs qui sont de compétence strictement municipale. Et comme il n'existe aucune directive ou politique provinciale pour garantir un minimum de sécurité aux piétons, les conseils municipaux peuvent parfois prendre des décisions aggravant leurs risques sans que personne ne puisse les en empêcher - sauf la MRC, à condition d'avoir inclus préventivement des dispositions spécifiques à ce sujet dans son schéma d'aménagement.

Les résidents d'Abercorn l'ont appris à leurs dépens quand le trottoir de leur rue principale a disparu, sans avertissement, dans le cadre d'un programme tripartite d'amélioration des infrastructures, après une soixantaine d'années de loyaux services. Selon les élus locaux, la ligne blanche qui le remplace sur la belle chaussée neuve, élargie et redressée, est bel et bien le trottoir annoncé. Et il a le double mérite de coûter moins cher et de faciliter le déneigement. Quant aux piétons, qu'ils fassent donc comme en banlieue où il n'y en a pas, de trottoirs…

Patricia Lefèvre
GRAPP

Beaucoup d'informations pratiques sur le site de l'Institute of Transport Engeeners : dessins, estimés, impacts et exemples inclus, de Phoenix à Anchorage.