S'adapter pour se faciliter l'existence
Depuis le début de 2006, je fais partie des personnes qui ont eu l'occasion de passer du temps dans le Grand-Nord et de faire plus ample connaissance avec le peuple Inuit. J'ai découvert des gens chaleureux qui possèdent une culture et un savoir unique au monde. Ici, « en bas », on pourrait importer de leur savoir pour faciliter le rapprochement entre les générations.
Dans la nordicité, rien n'est facilité. Malgré une belle nature et des paysages sobres, on remarque vite combien tout est rude. Au-delà d'Umijuaq, il n'y a plus d'arbre ni de verdure. Tout est roc ou sable, rivière ou lac. On ne trouve aucune route, si ce n'est que pour se rendre à l'aéroport, à la station de pompage des eaux ou au dépotoir. La distance entre chacun des villages est toujours considérable (100-150 km). Donc, parce qu'il est impossible de se déplacer facilement, il faut utiliser l'avion comme moyen de transport. On comprend facilement pourquoi l'isolement fait partie intégrante de la vie nordique.
Le climat est toujours particulier. Plus souvent qu'autrement, c'est le vent, le blizzard ou, pire encore, des conditions hivernales. À titre d'exemple à Puvirnituq, en février, le thermomètre indique souvent moins 35 Celsius. À moins 32, on trouve déjà cela plus chaud! Que le peuple inuit est courageux de se déplacer dans des conditions aussi ardues!
Devant tous ces obstacles, les Inuit ont dû, et su, développer des modes de survie pour se faciliter la vie. Comme les matériaux sont rares à cette latitude, les Inuit, afin de s'ajuster à la rigueur du climat, ont élaboré de nombreux concepts comme l'igloo.
Au niveau vestimentaire, ils ont vite fait de modifier le parka en l'allongeant pour lui ajouter un capuchon avec de la fourrure qui le borde pour parer le visage du vent. Leurs kamiks, espèces de bottes hautes faites de peau de phoque mâchée (pour assouplir la peau et pour pouvoir la coudre), ont la caractéristique d'être résistantes au froid et faciles à enfiler. Leurs mitaines sont aussi faites de cuir et bordées de fourrure. Ici, les gants ne doivent pas être trop difficiles à enfiler ni trop serrés afin de ne pas restreindre la circulation sanguine. Donc, on préfère les mitaines en peau de phoque qui sont très chaudes même quand elles se mouillent lors des activités de pêche.
Au niveau de l'alimentation, ils ont développé des techniques singulières de chasse. Ils connaissent très bien les lieux (leur environnement) et les animaux avec leur mode de migration et de déplacement. Ils vivent aussi en harmonie avec la nature, au gré des heures d'ensoleillement ou de la noirceur. Quant à la survie, ils savent partager. Dans chacun des villages, on retrouve un congélateur communautaire où l'on entrepose tous les produits de la chasse et de la pêche. Cela permet aux aînés, aux personnes atteintes d'incapacité physique et aux familles très nombreuses d'y recourir afin de toujours avoir quelque chose à se mettre sous la dent. Un exemple à suivre en terme d'esprit communautaire!
Quant au mode de déplacement, il varie en fonction des saisons et des besoins. Pour la chasse en hiver, on utilise la motoneige et le qamutik( traîneau muni de glissières en bois et de côtés hauts)qui permettent de ramener les victuailles et de transporter sur la neige les chasseurs et leur famille. En été ou en automne, on préfère le véhicule tout-terrain.
Mais, malgré leur finesse, on craint que tous les modes de survie développés au fil du temps soient menacés de disparaître. Bien que les aînés tentent de transmettre leurs traditions aux plus jeunes, ils manquent de volontaires intéressés et motivés à perpétuer ces traditions. À quoi bon servirait de savoir pêcher, chasser ou construire un igloo si on bâtit une maison pour vous et qu'on vous facilite l'accès à la consommation moderne « d'en-bas». Or la vérité, et c'est le hic, est que l'approvisionnement est éloigné, coûteux et qu'on n'a pas les ressources financières pour se les offrir… Comment donc faire valoir à quiconque l'importance de conserver ses traditions et ses méthodes de survie?
En confrontant des difficultés, on s'adapte et on développe des stratégies de survie pour faciliter la vie. Dans ce domaine, les Inuit en ont vu d'autres et on peut apprendre d'eux.
Si la richesse d'une communauté réside dans la diversité des gens qui la compose et dans le respect de son identité culturelle et sociale, ne devrait-on pas y être plus attentifs afin de perpétuer nos traditions?
Sûrement, si on veut se faciliter l'existence et réduire les tensions envahissantes de la société moderne.
Christine Beaudoin