DIFFICILE FACILITÉ

Rien de plus difficile que la facilité. En fait, voici des millénaires que l'humain s'y essaye. Et ce n'est pas la multiplicité des disciplines plus ou moins exactes qui nous ont donné cette facilité. Essayez donc d'avoir de l'aide auprès des soi-disant services à la clientèle. Vous vous rendrez vite compte que les ordinateurs n'ont rien résolu, mais qu'ils ont plutôt créé de nouvelles formes de difficultés.

Mais voulons-nous vraiment des choses faciles? Sans doute, le père Jung avait-il raison d'affirmer, que la vie avait, à la fois, du sens et pas de sens. Alors, pourquoi ne pas choisir la simplicité? Les bouddhistes y excellent!

Photos Guy Borremans/ Sodart

Je ne veux que souligner des évidences. La paresse, ma paresse innée, me dit : «Pourquoi t'embarquer dans ce genre de discours? N'es-tu pas photographe et la photographie n'est-elle pas simple par définition?» Clic! Clic! En rafale, si on ne sait quel sujet choisir; avec un flash, si on ne sait aimer la lumière qui rend toute chose visible. Facile! Même plus besoin du pharmacien ou d'un technicien pour obtenir ses photos. Les laboratoires, s'ils ne se recyclent pas à temps, fermeront leurs portes à la douzaine.

En fait, nous voici maintenant seul avec un petit numérique ou un cellulaire qui fait tout en même temps en face du sujet à photographier. Paradoxalement, c'est ce raccourci qui va nous aliéner.

Photos Guy Borremans/ Sodart

Il n'y a pas si longtemps, nous avions l'śil collé au viseur. Comme on plaçait son śil au trou d'une serrure. Maintenant nous tenons notre vision du monde à bout de bras… Nous observons le monde à distance comme devant sa télé.

Facile à dire tout ça, me ferez-vous remarquer. Facile.

Nous baignons dedans. La sucette pour remplacer le sein d'une mère. Le briquet supplantant l'allumette, qui à son tour a remplacé la pierre à briquet et l'amadou (vous connaissez?), ces derniers s'étant substitués au bois frotté… Facile.

Bien sûr, cela nous donne plus de temps pour comparer les bulletins de nouvelles, la météo, le trafic, les journaux, les revues, voire même les ouï-dire. Où est donc rendu le bon temps des crieurs publics? Au moins, eux, s'ils répandaient de trop mauvaises nouvelles, nous pouvions les houspiller, leur sacrer une volée de bois vert.

Nous cherchons tous la facilité, mais nous avons tous mauvaise conscience de le faire.

Donner une juste image à la facilité n'est pas facile. Et, encore moins facile de l'exprimer pour la photographie. Je ne crois pas que la photo devrait être facile parce que c'est la difficulté qui donne la mesure de l'humain et sa capacité à vaincre l'absurde par la créativité.

Certains se sont lancé dans le flou « artistique »! Quoi de plus simpliste. Quoi de plus archaïque. Un peu de vaseline (eh oui!) sur un objectif ou si on veut éviter de le salir, on utilise un morceau de tulle et le tour est joué. Mais, je crois qu'avant de voir flou, il faut penser flou… Sinon, c'est comme écrire des poèmes sur du papier toilette, le papier absorbe, mais ne reflète en rien la pensée.

Je vous présente donc des images à décoder. À vous de déterminer si la lumière ambiante a facilité l'effet et si elles sont simples ou simplistes!

Photos Guy Borremans/ Sodart

 

Guy Borremans