« Ciboires à la dérive » 1
Lise F. Meunier
Nous habitons une région exceptionnellement riche en paysages variés et accidentés. Notre végétation est tellement intéressante que nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir la nommer, la conserver, l’aménager de toutes les façons et ce, en respectant les espèces, les espaces et les perspectives.
Je suis loin du patrimoine religieux? Oh! que non! Empruntons une route familière, une portion de la 202 ou la 104, la 213 ou la 235 et imaginons-la, sans les flèches des églises!

En juin (2006), « la Commission de la culture décrétait l’état d’urgence et formulait 33 recommandations pour un plan de survie des biens du culte ». Nous sommes en état d’alerte… prolongée!
Dans ce contexte, des groupes de bénévoles, qui croient à la sauvegarde de notre histoire en marche, se lèvent. Le 3 juin 2006, Dom Dominique Minier, de l’abbaye St-Benoît-du-lac, nous offrait « Un voyage dans l’espace "éternité" », composé de chants grégoriens contemporains sur des arrangements modernes de Bruno Fortin, Mélie Caron, Daniel Bolduc.
Ce concert-bénéfice fut un succès tant par la qualité du répertoire et de l’interprète que par le talent et les audaces des musiciens, le décor et l’ambiance paisibles et recueillis, et le plaisir de la dégustation et des conversations amicales… Ce fut également une occasion pour se questionner : notre jeune tradition de concerts évolue-t-elle vers une programmation de chants et musiques sacrés? Quels investissements seraient nécessaires à une nouvelle utilisation de notre bâtiment, tout en lui conservant sa vocation première? D’autres levées de fonds traditionnelles sont déjà prévues et attendues : le shortcake aux fraises du 9 juillet, la partie de quilles, la vente de bric-à-brac. Certes, les équipes de responsables y trouvent plaisir et stimulation, mais tous en chœur, nous pourrions leur donner congé de corvée?
Souvent, les mêmes bénévoles acceptent d’assumer les prises de décision et le règlement des questions administratives. En 2003 et 2004, le président de la Fabrique Sainte-Croix de Dunham a rédigé un message très correct, concernant les besoins de la paroisse, les dépenses d’animation, de secrétariat et d’entretien de notre église. Il a pris soin d’accompagner son message de deux photos : la première présentait l’emplacement de l’église avec le bâtiment réel; la deuxième présentait le même emplacement, mais sans église, seulement un stationnement. Effet percutant!!!
Le léger déficit fut presque entièrement comblé! Mais, à moyen terme, on a oublié de retourner l’enveloppe 2005 et 2006. Il est toujours temps de retrouver son histoire, sa mémoire patrimoniale, de faire quelque chose pendant que la ministre de la Culture élabore sa mission de sauvegarde. Notre admiration et nos remerciements aux bénévoles!
1 Tremblay Odile, « Ciboires à la dérive », Le Devoir, 10-11 juin 2006.