Quelque chose vous trouble, vous dérange? Parfois une perturbation porte en elle la solution même.
En bloquant le momentum de la vie par des obligations imposées telles que : « Je dois faire ou finir ceci ou cela »; « Je n'ai pas le choix, si je ne le fais pas, qui le fera? »; « Je prendrai du temps pour mes besoins profonds quand tout sera complété, impeccable et à mon goût ». On s'imagine, en fait, répondre aux nécessités de la vie. Ce qui n'est pas totalement faux, car c'est la vie que l'on se crée ou qu’on a choisi. Ainsi, on devrait être conscient des conséquences inhérentes à la vie et savoir reconnaître les implications sur l'ensemble de notre vie.
Mais cette conscience est-elle globalisante, enveloppante, tendre et nourissante? Ou est-ce tout simplement la conscience de l'intellect qui, de son savoir imbu, connaît la Vérité de la Réalité avec Autorité? Parfois, pourtant, on a l'intuition qu'une conscience presque indéfinissable et impalpable tente de faire surface. Les mots ne font pas partie de son langage, car elle est ressentie.
Alors comment expliquer, sinon justifier, à un patron (le plus haut dans la hiérarchie étant soi-même avant tout) ce sentiment, ce besoin de prendre des vacances maintenant. Pas dans deux semaines, quand tout sera fini ou que la date prévue sera échue, mais maintenant? Comment justifier ce besoin irrationnel qui cherche sans cesse à s'exprimer et qui, malgré nous, nous amène à faire des pirouettes de l'esprit en dents de « si »? Comme dans « si je me dépêche un peu plus, peut-être pourrais-je devancer les vacances d'un jour ou deux »...
Et soudainement, la Vie nous rattrape, la fluidité du mouvement ne supporte pas d'être bloquée très longtemps par des considérations si restreignantes. Un simple moment d'inattention peut suffire à nous donner un lumbago, ce handicapant tour de reins. On ne peut plus bouger, ni se déplacer, ni aller travailler, ni faire l'épicerie… C'est l'arrêt forcé. Ce moment de vulnérabilité s’impose et on doit souvent accepter l'aide d'autrui... De vraies vacances quoi!
On peut opter pour la bonne vieille méthode qui fait tradition dans notre culture. Allez hop! Une petite pilule, une petite granule et on ne sent plus rien. Évidemment, ce scénario, lorsque pilule il y a, fonctionne pour un temps. Mais certaines maladies ne peuvent pas encore profiter de ce miracle. Certaines perturbations nous arrêtent net dans cette folle course qu’est la réalisation de notre vie et la rencontre de nos obligations. On ne trouve plus d’issue. Vraiment? Mais, si c'était ça la vie : s'adapter, continuer d’évoluer, se mouvoir dans le courant.
Et pourtant, notre corps nous donne des signaux importants au quotidien. Pas seulement lorsqu'on souffre d'un lumbago, mais quand on n'a pas su ou voulu l'écouter ou encore quand on n’a pas saisi son langage. Or, ça s’apprend en autant qu’on choisisse de suivre le chemin de la connaissance de soi dans la globalité de l'être.
Si une période de repos devient incontournable, pourquoi ne pas en profiter pour examiner ce qui se passe dans sa vie et redéfinir ses priorités. On entend souvent ces propos quand quelqu'un développe un cancer et entrevoit la fin de sa vie. Pourquoi attendre un tel moment? Ne peut-on pas saisir l'occasion tandis qu’on est en santé. Il faut apprendre à mieux se connaître et à mieux reconnaître ses valeurs et besoins profonds. Un lumbago peut indiquer que l’on a des insécurités matérielles et affectives, une source de frustrations ou de ressentiment, des rapports personnels contraignants dans son entourage, un sentiment d'impuissance face à une situation...
Êtes-vous prêt à percevoir la vie d'un nouvel oeil? RESPIREZ! Dans la douleur, n'arrêtez pas de respirer. Ne bloquez pas le mouvement de la vie en fixant la douleur dans le corps. Ne bloquez pas l'énergie qui circule dans le sang, la lymphe, les tissus, les cellules, les muscles et articulations, les organes, l’esprit, les émotions et les aspirations spirituelles. Lâchez prise. Inspirez doucement, longtemps, profondément, plus profond encore et, graduellement, jusqu'à la plus grande ouverture possible. Ne vous crispez pas dans une attitude de défense. Puis, expirez jusqu'au bout du bout, jusqu'à la toute fin du souffle, sans chercher à conserver, à contenir ou à bloquer la douleur. Laisser-aller !
Quand on contrôle la respiration, on contrôle la situation.
En kinésithérapie, quand on mobilise un membre douloureux pour chercher à lui redonner de la mobilité et, optimalement, sa pleine amplitude de mouvement, on travaille pour lâcher-prise via la respiration. Cela s’accomplit surtout par l'expiration. L'inspiration sert avant tout à oxygéner les cellules du corps, à les nourrir. L'expiration fluide exprime une confiance que tout va bien, que la vie fournit ce qui est nécessaire et qu’on n’a pas besoin de retenir en soi ce qui nourrit. On peut laisser-aller sans bloquer, sans chercher à fixer quoi que ce soit. Le diaphragme peut se mouvoir librement, complètement, afin de faire le vide. C'est la façon de faire de la place pour quelque chose de nouveau. Motu proprio!
Anik Kelly
Masso-kinésithérapeute