Vivre sans perturbations? Vraiment?
Le directeur du Tour ne manque ni de témérité ni d’audace lorsqu’il propose ses thèmes saisonniers à ses collaborateurs. Chacun de ses thèmes prend des allures de défi et de questionnement. Par exemple, en plein début d’été, Denis (Boulanger) impose une réflexion pour un automne qui pourrait bien connaître autant de perturbations que la fin du printemps. Enfin, on est trimestriel ou on ne l’est pas!
Comment faire face à la situation et ne pas tomber dans le piège, sinon en recommandant d’avance quelques bonnes lectures, au hasard des ventes de livres usagés et de quelques titres ou auteurs tirés d’une mémoire incertaine?
N’en retenons que quelques-uns, lus avec avidité au cours des pluies diluviennes de juin : Gilles Archambault, Jacques Brault, Jacques Ferron, Albert Camus, le bon vieux philosophe Georges Bataille et la psychanalyste Julia Kristeva.
Archambault, Brault et Ferron
À tous seigneurs tout honneur! Donc, commençons par trois excellents auteurs québécois.
Gilles Archambault, dans le Voyageur distrait , refait, si c’est possible, la route est-ouest du père de la génération « bîtnique », Jack Kerouac. Avec succès, pourtant. Il la parcourt en pèlerin plutôt qu’en touriste. Résultat : un bel hommage à Kerouac et un attachant auto-portrait (peut-être) de l’auteur lui-même, pour qui a connu Gilles.
Jacques Brault, réputé poète, romancier, professeur de littérature, philosophe invétéré, a commis chez Boréal, en 1991, une vingtaine de chroniques intitulées Ô saisons, ô châteaux . Il y témoigne d’un humanisme exigeant, mais toujours chaleureux.
Jacques Ferron, maintenant décédé, médecin de profession et esthète aussi féroce que méticuleux, a dit de la Charrette que c’était son meilleur livre. Il donne à ses personnages une dimension carrément mythique. Probablement pour les mieux camper en les caricaturant à l’extrême. Rappelons-nous que, chez lui, un parti politique sérieux ne pouvait être que « rhinocéros ». Son frère Paul, également médecin, retraité à Sutton, pourrait nous en dire davantage sur ce fameux mouvement.
Saluons aussi quelques Européens notables : Albert Camus, Georges Bataille, Julia Kristeva »
Camus, dans le Mythe de Sisyphe , nous livre un essai sur l’absurde. Retenons qu’il ne s’agit pas ici de chercher une explication au désespoir, mais d’admettre que, malgré toutes les contradictions : «Il n’y a qu’un monde. Le bonheur et l’absurde sont deux fils de la même terre. Ils sont inséparables ».
Bataille, l’auteur de Théorie de la religion , fut un mystique sans dieu, selon Sartre et Malraux. Si nous sommes autre chose que « comme de l’ eau dans l’eau…, écrit Bataille, la présence dans le monde de la souveraine conscience de soi, plutôt que la chose asservie, est celle de l’universelle humanité.» Relire ces lignes attentivement…
Kristeva, dans Étrangers à nous-mêmes , rappelle la perception qu’on a eue des étrangers à travers l’histoire. Elle-même immigrante, l’auteure conclut son ouvrage en soulignant que la polyvalence culturelle d’aujourd’hui doit plus que jamais inciter chaque individu à constater que : « L’étrange est en moi, donc nous sommes tous des étrangers. Si je suis étranger, il n’y a pas d’étrangers. »