Redonner la santé à nos milieux naturels

Rares sont les endroits où l’homme n’a pas encore posé pied, exploité un boisé, chassé un lièvre ou bâti une maison. Ainsi, même si nous apprécions plus que tout la richesse de nos forêts, la fraîcheur de nos lacs et la vitalité de nos rivières, ceux-ci ont souvent subi des perturbations qui mettent en péril leur santé. Rappelons-nous que ces milieux naturels sont l’habitat des multiples espèces végétales et animales qui constituent la biodiversité. La dégradation d'habitats entraîne des modifications qui affectent les espèces qui y avaient élu logis.

Pour éviter la disparition complète de certains habitats perturbés, il faut parfois donner un coup de main à dame Nature pour remettre à l’état naturel un milieu qui a subi de fortes pressions anthropiques. C’est ce qu’on appelle la restauration de sites naturels.

Qu’est-ce que la restauration?

Restaurer un site pour la conservation veut dire y apporter des modifications dans le but de recréer un environnement naturel, tel qu’il l’était avant d’avoir été endommagé, ou d’améliorer un milieu dégradé. Une restauration efficace devrait permettre aux populations d’espèces fauniques et floristiques de se rétablir.

Le but ultime de la restauration de sites dégradés est de tenter de reproduire le mieux possible les conditions qui prévalaient à l’origine dans les écosystèmes naturels. Par exemple, un ruisseau peut devenir très sédimenté comme suite au passage fréquent de VTT ou à cause de berges dénudées de végétation à la suite d’une coupe excessive dans la bande riveraine. Un cours d’eau sédimenté devient peu attrayant pour des espèces telles que la salamandre pourpre ou la truite arc-en-ciel. La restauration des rives aux endroits problématiques est donc essentielle pour ralentir la sédimentation et ainsi espérer le retour d’espèces qui devraient naturellement s’y trouver. L’équipe du Corridor appalachien (ACA) travaille justement à restaurer un tel site, dans le massif des monts Sutton.

Plusieurs projets de restauration se réalisent dans les milieux humides et près des sources d’eau (rivières, ruisseaux, lacs). Ces écosystèmes sont particulièrement vulnérables aux différentes activités humaines. De plus, l’accès à des sources d’eau de qualité est essentiel à la survie de la plupart des espèces, dont nous, les êtres humains. Vous pouvez même entreprendre votre propre projet de restauration si vous possédez un étang dont la berge est dépourvue d’arbustes ou d’arbres ou si la bande riveraine d’un ruisseau qui sillonne votre terrain est dégradée !

Or, si les travaux ne sont pas faits dans les règles de l’art, entreprendre un projet de restauration peut s’avérer très coûteux et susceptible de perturber davantage le sol et la biodiversité qui s’est accoutumée à l’endroit. Ceci est particulièrement vrai là où la pente est forte, le sol rocheux ou le débit du cours d’eau très fort. Dans de tels cas, les travaux sont généralement effectués par des experts qui ont d’abord obtenu les avis et les autorisations nécessaires. En effet, la loi est stricte à cet égard ; il faut avoir obtenu l’approbation de la municipalité ou du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs pour toute intervention sur les rives d’un plan d’eau.

Pour une restauration réussie

Il arrive que des activités d’origine anthropique aient largement affecté l’environnement (développement résidentiel, création de routes, coupe forestière, anciennes mines, etc.) et aient occasionné la perte d’habitats pour des espèces importantes comme, par exemple, des espèces rares ou menacées. Dans ce cas, un projet de restauration viserait à améliorer la qualité du milieu naturel et à recoloniser le site avec des espèces indigènes, qui pourraient inclure des espèces à statut particulier.

Plusieurs indices aident à déterminer si un projet de restauration sera efficace ou non. Il est d’abord essentiel d’éliminer complètement la source de dégradation du site (ex. la fermeture d’un sentier ou l’arrêt d’une activité) ou de rétablir le régime de perturbations naturelles qui maintient certains écosystèmes (ex. le feu ou les inondations saisonnières). En fait, il s’agit de remettre l’environnement dans l’état le plus près de ce qu’il était originalement. Pour espérer une recolonisation, les espèces que l’on veut revoir apparaître devraient idéalement être encore présentes dans les environs. Il arrive aussi que certaines situations puissent exiger la réintroduction d’espèces indigènes pour servir de semenciers et accélérer le processus de recolonisation. Si de nouvelles espèces invasives ont colonisé l’endroit, elles doivent être éliminées afin de ne pas entrer en compétition avec les espèces indigènes. Une fois le projet de restauration complété, le site doit ensuite être entretenu durant plusieurs années par des biologistes pour s’assurer du succès de la démarche.

Bien qu’elle puisse apporter des résultats très positifs, la restauration n’arrive souvent qu’à recréer un environnement fonctionnel. Il est rare qu’on y retrouve toutes les espèces qui étaient présentes à l’origine. La meilleure stratégie à adopter pour protéger l’habitat de nos espèces indigènes restera toujours celle de privilégier la conservation de sites dont l’intégrité écologique n’a pas encore été affectée par les activités humaines. Ceux-ci arrivent déjà naturellement à répondre aux besoins de la biodiversité. Dans ce cas, le défi à relever est celui de s’assurer qu’il en demeura ainsi en ciblant et stoppant toute activité qui risque de nuire à leur protection. C’est la manière la plus efficace de maintenir à long terme la santé de nos milieux naturels.

Jacinthe Caron